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Vanessa The StrangeWhen you're strange face come out of the rain |
PoemeDans mon rêve il n'y avait que toi
Mais pourquoi ais-je l'air si déçue
J'ai tant espéreré et désespéré à la fois
Que j'en es même oublié que c'est ma maladresse qui prenait le deçu
Faible mélancolie du matin
Ne me gagnera pas quand la nuit tombera
Car regardant mes mains
C'est la pleine lune qui refletera
Promet moi de me laisser mourrir
Promet moi de prendre la fuite
Tu ne me regardera pas perrir
J'ai fait la promesse que ma vie passais ensuite
Regarde moi seulement une dernière fois
Avant que je me perde dans la nuit
Ensuite tu t'en ira
Me laissant en deuil de se qui m'a été fidèle tout ma vie
Me noyant dans les intemperi de mon adolescence
La délicieuse mort cogne alors à ma porte
Je n'est pas peur d'ouvri le coffre de ma nouvelle existance
Car toi, ma douce torpeur, jour après jours tu sera seulement plus forte
Vanessa! ... J'ai essayé de tuer la souffrance
Mais il y en eu seulement plus
Je m'étends, mourrante
Et je déverse des regrets brûlés et des trahisons
Je meurs,saigne et hurle
Suis-je trop perdue pour être sauvée?
Suis-je si perdu?
Mon dieu,mon garrot,rend-moi la paix!
Te souviens-tu de moi,
Perdue depuis si longtemps?
Seras-tu de l'autre côté
Ou m'auras-tu oubliée?
Je veux mourrir!
Mes blessures désirent la tombe
Mon âme désire la délivrance!
Garrot,mon suicide! Prologue "Les portes de la schizophrénie" Prologue
Je me trouve seule en cette nuit qui s'avère à être plutôt insolite.Seule, dans
une demeure qui m'est parfaitement occulte.Je ne peux éclaircir le pourquoi
de la chose,pourquoi je suis ainsi présente à cet endroit ma foi mystérieux.
C'est tout simplement un fait inexplicable dont la source reste dissimulée
dans les ténèbres de ma pensée.La froideur me rejoignant,je ne peux me
mouvoir.Le gel m'emmaillote telle une couverture glaçante faisant surgir
mon impuissance progressive.Brusquement,des paroles masculines en
langue étrangère pénètrent la tranquillité à laquelle je m'étais particulièrement
adaptée.Ces propos demeurent incompréhensibles,on me déclare que
certains événements me désirent et que je vais être incitée à y figurer.
Vanessa!
elliott smith
Elliott, c'est sûr, n'offre pas du rêve, mais se démerde pour être bien plus précieux que ça. Si bien que, d'Elliott, on aimerait se faire l'ami simplement pour avoir une chance de le persuader qu'on aime vraiment ses chansons et qu'on sait exactement pourquoi. Pour lui faire admettre que Condor ave est une chanson belle et simple, mais belle.
Pour lui demander pourquoi diable il a cette obsession bizarre pour les ampoules électriques. Pour savoir comment on peut avoir écrit Independence day et pourtant se tenir en si piètre estime. Pour lui avouer qu'on a fait de Between the bars sa berceuse et son hymne, une chanson qu'on fredonne dans les rues la nuit, entre les bars où rien n'arrive mais où on rêve mieux.
Pour l'embarrasser en l'informant qu'aucune des trouvailles de Beck ne vous tue de bonheur comme le fait Angeles. Pour les terreurs qui font de Speed trials, Big nothing ou Last call un peu plus que des chansons. Pour lui demander s'il aimerait mieux que rien ne soit arrivé. Pour lui faire promettre de ne jamais se tuer Pour lui raconter que si toutes ces chansons vous touchent à ce point, c'est parce qu'elles sont crues comme des claques, que le petit monde à deux balles que vous trimballez et qui en vaut d'autres ne se cache plus, ne se cogne plus, mais s'emmitoufle et se protège dans des chansons comme ça, douces et hostiles, généreuses et hirsutes. nirvana timeline
la mort de kurt cobain chapitre 1CHAPITRE 1: LES PERSONNAGES EN LIGNE : TOM GRANT, DÉTECTIVE PRIVÉ ENGAGÉ PAR COURTNEY LOVE POUR RETROUVER KURT COBAIN Le 1er avril 1994, Kurt Cobain quitte le centre de désintoxication de Marina Del Rey, en Californie. Sa disparition est signalée un peu plus tard. Une semaine après, Cobain est retrouvé mort. Je m'appelle Tom Grant. Je suis détective privé agréé par l'État de Californie, et ancien détective au Bureau du shérif de Los Angeles. Le 3 avril 1994, j'ai été engagé par Courtney Love, épouse de Cobain, pour retrouver la trace de son mari. Mme Love séjournait alors à Los Angeles. C'est de là que je suis parti pour Seattle, ville où résidait le couple, avec Cylan Carlson, le meilleur ami de Cobain. Quand, un peu plus tard, le corps de Cobain a été découvert dans la pièce au-dessus du garage, la police a conclu qu'il s'agissait d'un suicide. Je n'étais pas de cet avis. Pas plus qu'une amie proche du couple Cobain, ou qu'une de leurs avocates, Rosemary Carrol. Quelque chose sonnait faux dans tout cela, terriblement faux. LE MEURTRE DE KURT COBAIN Résoudre un mystère n'est pas toujours le travail le plus difficile pour un enquêteur. La véritable difficulté vient parfois des barrières que la police dresse entre elle et les détectives privés. Depuis la découverte du corps de Kurt, le 8 avril, je continue mon enquête à propos du mystère qui entoure les circonstances de sa mort. Durant la première phase de l'enquête, des erreurs ont été commises, par la police et par moi-même. Cela arrive souvent dans les affaires complexes. Certains ont tenté, et tentent encore, deme discréditer. Si l'un d'eux est directement impliqué dans cette affaire, c'est à lui que je m'adresse : je prendrai peut-être quelques coups ici et là, mais quels que soient l'influence, l'argent ou le pouvoir que vous pensez détenir, vous vous attaquez à plus fort que vous. Kurt Cobain voulait laisser tomber. Laisser tomber les concerts, le groupe, le business qui lui imposait de produire sa musique au lieu de jouer simplement. Mais Kurt Cobain ne voulait pas laisser tomber la vie. Selon moi, Kurt Cobain est mort dans la nuit du dimanche 3 avril, ou tôt le matin du lundi 4 avril. Ceux qui déclarent l'avoir vu après 7 h 30 lundi matin sont des menteurs. La plupart des informations fournies par ces "témoins" ont été, cependant, délibérément répandues dans les médias. Deux personnes au moins savaient que Kurt était mort avant que je parte pour Seattle à sa recherche le mercredi 6 avril 1994. Contrairement à ce que dit la police, la note retrouvée sur les lieux du drame n'est pas une note de suicide adressée à Courtney et Frances, mais une longue lettre destinée aux fans de Kurt, et complétée d'une petite note en bas de page pour Frances et Courtney. La lettre explique sa décision d'arrêter les tournées, ainsi que les représentations avec son groupe. Kurt quittait Seattle pour l'Est du pays, où il voulait désormais demeurer avec des amis. Il aspirait à un peu de solitude. Il ne voulait plus être suivi par quiconque, même pas par sa femme. Voilà le sujet de la lettre. Le seul et unique sujet de sa lettre. Elle a été écrite par Kurt, à l'exception des mots suivants ajoutés à la fin : "qui sera tellement plus heureux sans moi. Je vous aime, je vous aime". Ces mots ont pu être ajoutés à son insu. L'enquête que j'ai entreprise est longue et fastidieuse. Elle constitue un délicat exercice d'équilibriste. Il m'a fallu trouver une position qui me permette à la fois de réunir des informations et de rester intègre vis-à-vis de ma cliente. Gardez vos yeux, vos oreilles et vos esprits ouverts. Car un jour, cette affaire sera élucidée et ceux qui y sont impliqués seront poursuivis en justice. EN LIGNE : BRUCE HANDY, LISA MACLAUGHLN, JEFFREY RESSNER, DAVE THOMPSON DANS UN ARTICLE DE TIME MAGAZINE (18 AVRIL 1994) KURT COBAIN ÉTAIT LE LEADER AUSTÈRE ET ÉCLATANT DE NIRVANA, LE GROUPE GRUNGE AUX MULTIPLES DISQUES-PLATINE, QUI IMPRÉGNA DE SON STYLE LE SON DES ANNÉES 1990. LA SEMAINE DERNIÈRE, KURT COBAIN S'EST TUÉ. Kurt Cobain a vécu les dernières semaines de son existence dans un climat délétère de méfiance, de peine et d'agitation. Dans l'industrie du disque circulaient des rumeurs, selon lesquelles l'auteur-compositeur-interprète de Nirvana était en train de s'effondrer. On disait que Cobain, qui avait survécu à un coma provoqué par l'injection de tranquillisants six semaines auparavant, venait de subir une nouvelle overdose. Ces supputations parurent s'avérer lorsque le groupe annonça inopinément l'annulation de sa tournée d'été à Lollapalooza. La vérité, semble-t-il, c'est que Cobain, qui prétendait avoir vaincu sa dépendance à l'héroïne, continuait bel et bien à faire usage de drogues. Un important représentant de l'industrie du disque a déclaré à Time Magazine que, voici deux semaines, l'épouse de Cobain, Courtney Love, chanteuse du groupe Hole, a réuni des médecins et des amis à Seattle, au domicile du couple, afin d'obliger son mari à se soigner. Les imprésarios de Nirvana ont même menacé d'abandonner Cobain s'il ne se désintoxicait pas vite fait. La manuvre a porté ses fruits puisque Cobain a séjourné dans un centre de traitement en Californie. Mais, d'après un rapport de disparition, rempli par sa mère, Cobain s'en est échappé au début de la semaine dernière. La police de Seattle a fouillé sommairement son domicile, sans trouver trace du chanteur. Vendredi dernier, un électricien se rend chez Cobain pour y installer un système de sécurité. Comme personne ne répond à son coup de sonnette, il fait le tour de la maison, et observe à travers les fenêtres. Il lui semble qu'un mannequin est allongé sur le sol, jusqu'à ce qu'il distingue ce qui pourrait être une flaque de sang. Lorsque la police et le coroner enfoncent la porte, ils trouvent Cobain allongé par terre. Un fusil traîne sur le sol. Sur une commode se trouve une lettre adressée à Courtney Love, sa femme, et à leur fille Frances Bean, un bébé de 19 mois. Cette lettre, rédigée à l'encre rouge, explique son suicide, et se termine par les mots : "Je vous aime, je vous aime". Kurt Cobain est mort à vingt-sept ans. La nouvelle tombe comme un couperet pour des millions de fans, et MTV interrompt aussitôt ses programmes habituels, les remplaçant par une veillée funèbre, comme après la mort de John Fitzgerald Kennedy. L'immense influence de Cobain explique la solennité donnée à l'événement... Nirvana apparut un beau jour aux confins les plus reculés du rock'n'roll, avec un premier album, enregistré pour la modique somme de six cent six dollars. L'album suivant, Nevermind, est un savant mélange de chansons assourdissantes aux mélodies accrocheuses, mi-punk, mi-Beatles. Vendu à dix millions d'exemplaires et détrônant Dangerous de Michael Jackson en tête des hit-parades, l'album captive toute une génération. La mode grunge est lancée, et Seattle est enfin célèbre pour autre chose que ses cappuccinos, son temps déprimant et ses mauvaises équipes sportives. Rapidement, d'autres groupes de rock originaires de la même ville, tout aussi corrosifs, tels que Pearl Jam, Mudhoney et Alice In Chains, rejoignent Nirvana aux sommets de la gloire. Au début de l'année 1992, le magazine Rolling Stone surnomme la ville "la nouvelle Liverpool". Cobain, pierre angulaire de cet édifice, devient le John Lennon du NorthWest. Auteur-compositeur habité de mots brûlants, il est aussi une bête de scène dont les distorsions faciales n'ont rien à envier à celles de Jack Nicholson. Les circonstances de la mort de Cobain ne doivent pas surprendre. Cobain parlait ouvertement de drogue, de suicide, de dépression. Il avait enregistrée une chanson intitulée I Hate Myself & I Want to Die, titre qui, finalement, ne fut pas inclus dans son dernier album. "C'était complètement satirique, nous nous moquions de nous-même, expliqua-t-il un jour à un journaliste. On me prend pour un schizophrène ivre, allumé, capricieux, qui veut se donner la mort. J'ai pensé que c'était un titre rigolo." Courtney Love, une star du rock alternatif, se trouve à Los Angeles au moment de la mort de Cobain, et revient à Seattle par avion le vendredi matin. La semaine précédente, lors d'une interview avec le critique musical Robert Hilburn, elle est tombée en larmes en évoquant la fragilité mentale de son mari, et en se rappelant son visage épouvantablement cyanosé lors de son overdose "accidentelle" du mois précédent à Rome. Une source proche de Cobain nous a confirmé ce qui, aujourd'hui, semble évident : cet "accident" était, en réalité, une tentative de suicide infructueuse. Qui croirait que l'on peut prendre cinquante cachets par accident ? Deux semaines après être revenue à Seattle, Love se voit obligée d'appeler la police lorsque Cobain s'enferme dans une pièce avec les armes à feu qu'il lui plaît de conserver chez lui. La police confisquera quatre armes ce jour-là, y compris un colt AR-15 semi-automatique. Élevé dans la région marécageuse d'Aberdeen, sur la côte pacifique de l'État de Washington, Cobain a vécu une enfance relativement heureuse, jusqu'au divorce de ses parents, une serveuse de bar et un mécanicien. Il n'a alors que huit ans, et il affirmera que cette séparation traumatisante a définitivement empli sa musique d'angoisse. Ballotté entre différents membres de sa famille, il lui arrive, une fois, de devoir dormir sous un pont. Son sens artistique naissant, et une attitude quelque peu iconoclaste ne lui valent pas l'amitié de ses camarades de collège ; en revanche, il attire les coups, mais s'en venge, parfois, en peignant le mot pédé sur le véhicule de ses agresseurs. Cobain forme plusieurs groupes avant que Nirvana ne voie le jour, en 1986. Nirvana rassemble Cobain, son ami d'enfance le bassiste Krist Novoselic, et le batteur Dave Grohl. Cobain épouse Love en 1992, alors que le groupe connaît ses premiers succès. Courtney attend déjà Frances Bean, et les deux parents sont héroïnomanes. "Toutes ces bagarres et cet amour extrême, c'était une sensation comme peuvent en ressentir les derviches tourneurs, enivrante et déroutante", dit un jour Courtney pour décrire son mariage, tout en montrant fièrement, sur le dos de son mari, quelques vilaines griffures. La gloire de Nirvana a dévoré Cobain. Il paraissait torturé par le succès. "C'était un individu très intelligent, gentil, généreux, parfois un peu trop doux et trop sensible pour ce business," explique Michael Azzerad, auteur de Come as You Are : l'histoire de Nirvana. Danny Goldberg, qui gère à présent Atlantic Records, déclare : "Il était assez perplexe quant à la nécessité de sa présence sur cette planète". Goldberg se rappelle la réponse de Cobain lorsqu'un manager lui demanda pourquoi il pleurait : "Je suis réveillé, n'est-ce pas ?" Cobain souffre des tourments habituels du poète marginal soudainement confronté à la masse ; il s'inquiéte de ce que ses concerts affichent complet, et attirent tant de fans semblables à ces types qui lui cassaient la figure quand il était enfant. Bien sûr, il aime l'argent qui vient avec cette foule. Mais dans chaque interview, sa douleur ne cesse de transparaître. Cobain a dit que l'héroïne était son remède contre les crampes d'estomac, mais ce qu'il recherchait vraiment à travers elle, c'était son équilibre psychique. "Rien ne serait arrivé si Kurt n'avait pas été si célèbre, insiste Daniel House, un ami de Cobain, propriétaire d'une maison de disques indépendante. Lorsque Nirvana a commencé à avoir du succès, il s'est égaré. Sa musique était terriblement intime et singulière. C'est pourquoi il se disait sidéré de voir que des fans si nombreux se déplaçaient pour venir l'entendre." Les fans se déplaçaient, en fait, parce que Cobain véhiculait dans ses disques une beauté et un message abrupts. Il y avait dans les textes de ses chansons de l'aigreur ou de l'opacité. Prenez par exemple les vers, à la fois acerbes et désabusés de son plus grand tube, Smells Like Teen Spirit : Et j'oublie mon propre goût Oh oui ça me fait sourire Je trouve ça dur, c'était parfois dur de le trouver Oh, bon, de toutes façons, ce n'est pas grave . Les grognements de Cobain, brutaux ou exténués, ses guitares, convulsives ou rapeuses, les percussions assourdissantes : tout cela débordait de colère, de haine, mais aussi de passion. Son état d'esprit, c'était une furie juvénile identique à celle qu'avaient exprimée les Sex Pistols. Le nihilisme des jeunes n'est sans doute pas un concept neuf, mais Cobain en a tiré des chansons géniales. Dans son ancien appartement, Kurt avait peint sur un pan de mur ce graffiti : "Personne ne connaîtra jamais mes intentions !". Tel était son credo. Telle est son épitaphe. EN LIGNE : KEVIN ALLMAN, JOURNAL "THE ADVOCATE", FÉVRIER 1992 LE CHANTEUR DE NIRVANA CONTRE-ATTAQUE Il est quatre heures, en cet après-midi glacé de Seattle, et Kurt Cobain, l'auteur-guitariste-interprète de Nirvana est assis dans une chambre d'hôtel en ville, jouant avec sa fille Frances, cinq mois. Sa femme, Courtney Love, qui dirige son propre groupe de rock, Hole, se maquille. En ce moment, les Cobain (y compris le bébé), font la couverture de Spin Magazine, qui a élu Nirvana artiste de l'année. Le nouvel album du groupe, Incesticide, doit paraître dans le courant de la semaine. La machine médiatique de Nirvana devrait fonctionner à plein régime. Mais il n'en est rien. Dans la chambre de Cobain, on ne trouve pas de groupies, pas de staff, pas de publicitaires, et aucune trace de vie dissolue. Cobain porte un pyjama verdâtre. Il ne séjourne à Seattle, avec Love, que pour acheter dès que possible une petite maison. Seule concession au mode de vie des stars, Cobain a réservé sa chambre sous un pseudonyme : Simon Ritchie . Si Cobain, vingt-quatre ans, demeure pensif et silencieux, sa femme, quelques minutes à peine après notre arrivée, s'embarque dans des confidences sur un ex-petit ami : "Il devait porter des bas pour faire l'amour ; pas n'importe quels bas, des bas couleur chair. Et il ne voulait pas en acheter, il fallait qu'il les trouve." Cobain sourit en l'écoutant parler, tenant Frances dans ses bras, la faisant sautiller sur ses genoux. Il ne se sent pas encore détruit. Physiquement, Cobain est l'antithèse du guitariste masculin apprêté : il est pâle, malingre, s'exprime avec douceur et clarté. Les préjugés le mettent en colère : il crache les mots "homophobe" et "sexiste", et réserve le même sort à "spandex" (fibre élastique). Il a été profondément meurtri par un incident survenu l'an dernier : un homme a violé une femme en chantant à tue-tête une chanson de Nirvana. Dans le petit livret placé à l'intérieur de son dernier album, Incesticide, il soulage sa frustration par une phrase percutante adressée à ses fans : "Si vous détestez les homosexuels, les gens de couleur ou les femmes : foutez-nous la paix ! Ne venez pas à nos concerts et n'achetez pas nos disques ! " Courtney Love se prépare à quitter la pièce et à laisser Cobain répondre seul aux questions, mais avant de partir, elle annonce : "Je m'inquiète de ce qu'ils vont écrire", avoue-t-elle. Et quand elle s'éloigne vraiment, elle précise : "N'oublie pas de leur parler de la fois où tu as volé des collants dans la commode de ta mère !" Cobain sourit ; elle éclate de rire et sort pour de bon, en poussant le landeau de Frances. - Vous êtes dans cette chambre d'hôtel. En sortez-vous parfois ? - Oui. Un soir on est sorti pour faire des achats dans un magasin de seconde main, et on a acheté des pulls pelucheux et des fringues grunge. - Est-ce que ça vous amuse de voir les gens décortiquer vos chansons pour tenter de comprendre ce que vous voulez dire ? - Oh oui. À l'époque où j'écrivais ces chansons, je ne savais pas trop ce que je voulais dire. Je serais incapable de les analyser ou de vous les expliquer. Or, la question qui revenait le plus souvent dans mes interviews était : "De quoi parlent-donc vos textes ? " (rires). On ne peut pas dire que je me sois montré très prolifique cette année. Il y a quelques mois, avant de partir en tournée en Europe, j'ai pris mes deux guitares préférées, tous mes recueils de poèmes, tous mes écrits et deux cassettes où j'avais enregistré des airs que je comptais utiliser dans mon prochain disque. J'ai rangé toutes ces choses importantes à l'abri, dans notre douche, parce qu'on ne s'en sert jamais. Mais les locataires du dessus ont eu une inondation, et à mon retour, tout avait disparu. Je n'ai plus rien sur quoi travailler, c'est plutôt effrayant. - J'ai vu la note que vous avez rédigée dans Incesticide. Je n'ai jamais vu personne, dans une maison de disques importante, dire "Si vos êtes raciste, sexiste, homophobe, nous ne voulons pas que vous achetiez nos albums." - C'est mon plus gros problème depuis que je suis dans ce groupe. Je sais que dans le public, il y a des gens comme ça, et je ne peux pas y faire grand chose. Je peux parler de ces sujets lors d'interviews - je crois que c'est assez clair pour tout le monde que nous sommes contre les homophobes, les sexistes et les racistes, mais lorsque Teen Spirit est sorti, les gens ont cru que nous étions comme Guns N' Roses. Ensuite, nos positions sont devenues plus claires grâce aux interviews. Et puis Chris et moi, on s'est embrassé à Saturday Night Live. Nous ne voulions pas être subversifs, ni punk ; nous faisions simplement quelque chose de parfaitement stupide et spontané. Maintenant que ce que nous pensons est connu de tous, beaucoup de gosses vont regretter d'avoir acheté nos albums. (Rires) - Y aurait-il quelque chose que vous aimiez dans la musique de Guns 'N Roses ? Franchement, je n'arrive pas à trouver. Je ne vais quand même pas perdre mon temps sur ce groupe, manifestement pathétique et dénué de tout talent. Avant, je croyais que tous les groupes pop à la mode étaient à chier, mais maintenant que des avant-gardistes ont signé des contrats avec de grandes maisons de disques, l'existence de Guns 'N Roses est une insulte bien pire. Je peux approfondir : ce sont des gars sans la moindre parcelle de talent, ils écrivent de la musique de merde et, pour l'heure, c'est le groupe de rock le plus populaire de la Terre. Je n'arrive pas à y croire ! - Est-il vrai que Axl Rose vous a dit quelque chose de particulièrement désagréable le soir de la remise des MTV Music Awards en septembre ? - En réalité, ils voulaient nous démolir le portrait. Courtney, le bébé et moi étions dans le coin salle à manger des coulisses, et Axl est passé devant nous. Courtney a crié : "Axl ! Axl ! Viens par ici ! " Nous voulions simplement le saluer, on pense que c'est un tocard, mais on avait envie de lui parler quand même. Je lui ai dit : "Veux-tu être le parrain de notre fille ? " Je ne sais pas ce qui l'avait mis en colère avant de nous voir, mais il s'est défoulé sur nous. Il s'est mis à hurler : "Fais taire ta salope, ou je te casse la gueule !" Autour de nous, tout le monde riait aux larmes. Courtney n'avait vraiment rien dit de mal. Je me suis tourné vers elle et je lui ai dit : "Ferme-la, salope !" Tout le monde se marrait et il est parti. Je suppose que j'avais fait ce qu'il voulait que je fasse - me comporter en homme ! - Est-ce qu'il vous rappelle vos camarades d'école ? - Tout à fait. Des gars vraiment bousillés, embrouillés. Il n'y a pas d'espoir pour des types comme ça. - Vous provoquiez les gens, au lycée, n'est-ce pas ? - Oh, absolument. Je faisais semblant d'être homosexuel pour me foutre des gens. On pensait que j'étais gay depuis l'âge de quatorze ans. C'était sympa parce que j'ai réussi à me faire deux copains, gays eux aussi, à Aberdeen - ce qui est normalement impensable dans ville pareille ! Je me suis fait de très bons copains avec cette image. Bien sûr, je me suis fait beaucoup taper dessus parce que je les fréquentais. Au début, les gens pensaient que j'étais juste bizarre, un gosse un peu perturbé. Mais une fois qu'on m'a collé l'étiquette "gay", je me suis retrouvé libre de faire le con et d'obtenir que certaines gens ne s'approchent pas de moi. Au lieu de demander aux gens de me foutre la paix, je leur faisais croire que j'étais homosexuel pour qu'ils ne me fréquentent pas. Mais j'ai fait des rencontres effrayantes en rentrant le soir, dans des ruelles sombres. - On vous a frappé ? -Oh oui, plusieurs fois. Aberdeen est une ville déprimante, tout y est triste, et c'était vraiment le pied de se foutre de la gueule des gens sans arrêt. J'aimais bien aller dans des soirées pour me soûler et dire des obscénités, fumer des cigares et cracher sur ces péquenots sans qu'ils s'en rendent compte. À la fin de la soirée, j'avais généralement offensé une jeune fille, qui appelait son petit ami à la rescousse pour me casser la figure ! - Puisque vos amis étaient homosexuels, et que l'on disait de vous que vous étiez gay, vous êtes-vous demandé si vous étiez homosexuel ? - Oui, bien sûr. Vous comprenez, j'ai toujours cherché à avoir des amis masculins, avec qui je puise me lier intimement, parler de choses importantes et montrer mon affection autant qu'à une fille. Au cours de ma vie, j'ai toujours été proche de filles, mes amies étaient des filles. Et j'ai toujours été maladivement féminin. J'ai cru que j'étais gay pendant un moment parce que je ne trouvais pas les filles de mon lycée attirantes. Elles avaient des coupes de cheveux horribles et une attitude de merde. Alors je me suis dit que j'allais être gay pour un temps, mais ce sont les femmes qui m'attirent. Je suis bien content d'avoir eu des potes homos : ça m'a empêché de devenir moine. Enfin, je suis profondément gay en esprit, et je pourrais sans doute être bisexuel. Mais je suis un homme marié, et Courtney m'attire plus que quiconque. Si je n'avais pas rencontré Courtney, j'aurais probablement mené une vie bisexuelle. Mais elle est vraiment attirante. - On l'a souvent décrite comme une nana à pédés... - Elle l'est. Elle passait son temps à traîner dans les boîtes homosexuelles. Tout ce qu'elle sait sur les fringues et le parfum, elle le sait de ses amis. - Maintenant que vous êtes père, qu'allez-vous expliquer à Frances à propos du sexisme, de l'homophobie, etc... ? - Je pense qu'en grandissant avec Courtney et moi à ses côtés, elle ne pourra pas avoir de préjugés. Il faut admettre que lorsque quelqu'un déteste les "ismes", c'est parce que ses parents l'ont éduqué ainsi. - Est-ce que vous vous inquiétez pour votre fille, lorsque vous voyez l'état du monde aujourd'hui ? - Je fais souvent des rêves apocalyptiques. Il y a deux ans, je n'aurais pas voulu avoir d'enfants. Je disais que les gens qui amènent des enfants en ce bas-monde se montrent drôlement égoïstes. Mais j'essaye d'être optimiste et on dirait que les choses s'améliorent, ne serait-ce que grâce aux progrès en communication des dix dernières années. MTV, même si c'est un maléfique outil commercial, a joué un rôle important dans cette prise de conscience. Je sais bien qu'il y a encore des républicains dans ce pays, mais ne sentez-vous pas un certain mieux vivre ? Pas seulement parce que Clinton est président, mais regardez la première chose qu'il a faite : il a essayé d'éliminer le ban sur les homosexuels dans l'armée, et je crois que c'est assez positif. Je n'attend pas de changements majeurs dans la société, mais je crois que depuis les cinq dernières années, notre génération s'en tire mieux. Aussi bête et ringard que ça puisse paraître, je peux dire que l'adolescent moyen actuel est beaucoup plus sensible que les ados d'il y a dix ans. - Êtes vous favorable à Clinton ? - Oh oui ! J'ai voté pour lui. J'aurais préféré Jerry Brown. Je lui ai fait don de cent dollars. Mais je suis bien content que Clinton ait été élu. - Est-ce que vous joueriez à la Maison-Blanche, si on vous le demandait ? - Si on pouvait avoir un peu d'influence, pourquoi pas ? Il paraît que Chelsea nous aime beaucoup, et peut-être qu'elle dirait : "Papa, fais ça ! Nirvana l'a dit !" Bien sûr, je jouerais pour le président. Et Chelsea a l'air assez bien. Amy Carter est aussi très cool, d'après ce qu'on m'a dit. Elle a assisté à des concerts des Butthole Surfers ! - Vos opinions ne sont pas dogmatiques. C'est une attitude assez raisonnable. - C'est très flatteur, mais je suis certainement la personne la moins qualifiée pour parler politique. Je m'intéresse plus aux choses personnelles que politiques. Il y a un an, lorsque nous nous sommes rendu compte de l'impact que nous avions sur les jeunes, nous nous sommes dit que nous pourrions exercer une certaine influence sur les gens. On m'a traité d'hypocrite et de crétin, mais je ne peux pas m'en empêcher, c'est dans ma nature. Je dois parler des choses qui me révoltent, et si c'est dogmatique ou négatif, eh bien tant pis. Personne ne peut me faire taire. Je n'ai pas changé. Enfin... presque pas. En fait, j'étais beaucoup plus radical quand j'étais jeune. - En pensées ou en actes ? - Les deux. Mais surtout en actes. Je ne peux plus faire du vandalisme. Mais parfois ça me reprend, d'ailleurs, il n'y a pas si longtemps... - Et cette histoire de drogue, alors ? - Courtney a été honnête en avouant que nous avons fait une incursion au pays de l'héroïne pendant quelques mois. Elle venait de se rendre compte qu'elle était enceinte et toxicomane, et qu'il fallait cesser de se droguer. Mais l'interview laissait croire qu'elle abusait encore de l'héroïne, et tout le monde était inquiet. On disait que notre appartement était un lieu de perdition. J'en ai assez de parler de cette histoire. Nous subissons tous les jours les conséquences de cet article. Nous devons assumer. - Qu'avez vous ressenti en le lisant ? - J'étais écuré. Mon premier réflexe a été de vouloir la tuer. Je voulais personnellement lui casser la gueule, alors que je n'ai jamais eu envie de faire ça à quiconque, et encore moins à une femme. J'étais tellement en colère. C'était tellement bien fait. Nous étions incapables de combattre quelque chose comme ça. Nous avons été obligés de poser en famille sur la couverture des magazines. - Quelle est la chose la plus amusante que vous ayez lu à votre sujet ? - Presque tout ce qui a été écrit. La plupart du temps, on me fait passer pour un petit rocker péquenot, incapable de s'exprimer correctement. Un jeunot du rock complètement crétin. - Dans la presse, Courtney passe pour la Nancy Reagan de votre couple. - C'est écoeurant. Mon Dieu ! Je n'ai pas envie de dire "C'est moi qui porte la culotte à la maison." Tout est divisé en parts égales. Nous nous influençons l'un l'autre. C'est du 50-50. Courtney insiste pour me rembourser l'argent qu'elle m'emprunte, et elle garde un papier où est marquée la somme qu'elle me doit. Elle n'en est qu'à six mille dollars. Nous sommes millionnaires et elle s'habille chez Jet-Rag pour cinq dollars la robe. Terrible ! Ca me ferait plaisir de lui payer des robes à cinq dollars. Nous n'avons pas besoin de grand-chose. L'an dernier, nous avons gagné un million de dollars ; nos dépenses étaient de 380 000 dollars pour les impôts en tous genres ; 300 000 dollars pour une maison ; 80 000 dollars pour nos dépenses personnelles (nourriture, location de voiture etc...) ; le reste pour les notes de médecins et d'avocats. Ce n'est pas énorme ; c'est bien moins qu'Axl. Courtney a insisté pour que l'on signe un accord pré-nuptial. Personne ne manipule personne. Courtney a eu une idée fausse d'elle-même toute sa vie. J'ai discuté avec des gens qui l'ont connue il y a cinq ans, et ils me disent qu'elle était beaucoup plus volage et perdue qu'elle ne l'est maintenant. Parfois elle était complètement folle. Elle faisait tout pour qu'on la remarque dans des soirées. Je n'aurais jamais pu prédire un mariage aussi réussi avec une telle personne il y a quelques années. Ca n'aurait pas pu arriver. - Que faites-vous lorsque vous ne jouez pas ? - Eh bien, je viens de relire "Le Parfum". Il s'agit d'un apprenti nez au début du XVIIIe siècle. Et j'aime vraiment beaucoup Camille Paglia ; ça me divertit vraiment, même si je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'elle dit. Je peins, de temps à autre. D'ailleurs, j'ai peint moi-même la pochette de Incesticide. Je fabrique aussi des poupées. J'aime le style yougoslave des XVIIIe et XIXe siècles. Elles sont en argile. Je les fait cuire, je les vieillis, je leur mets des vêtements usagés. Elles ressemblent vraiment à des pièces de musée. Je pourrais en acheter de semblables lors d'une exposition de collectionneur, mais elles coûtent tellement cher. Je n'ai pas envie d'entrer dans le jeu "Je suis une rock star, je peux me payer des antiquités." Certaines poupées valent cinquante mille dollars. Je n'arrive pas à me procurer ce dont j'ai envie. Je fais les courses, j'achète à manger mais c'est tout. Je n'arrive pas à dépenser tout cet argent. Tout ce que j'aime est vieux, sans être forcément une antiquité, et ne vaut pas très cher. - Vous ne dépensez pas tout l'argent que vous gagnez ? - Parfois, j'aimerais bien. J'ai remarqué que certaines boutiques de luxe vous vendent à prix d'or des articles semblables à ceux que vous trouvez pour une bouchée de pain chez K-Mart (Monoprix) ! Les gens les achètent parce qu'ils n'ont rien de mieux à faire de leur fric. Il y a beaucoup de choses sur Rodeo Drive. On est entrés chez Gucci juste pour voir combien un sac Gucci coûte. Un sac en cuir tout simple avec "Gucci" marqué dessus, ça vaut dans les dix mille dollars ! - Aimez-vous Los Angeles ? - J'adore le temps qu'il y fait mais je n'aime pas y vivre. Je hais cette ville. Surtout parce que conduire là-bas avec le bébé dans la voiture est vraiment dangereux. Les gens sont tellement grossiers. Je ne suis pas un mauvais conducteur, mais tous les jours je m'engueule avec quelqu'un. Nous étions à Los Angeles pendant les émeutes. Ils auraient dû tout casser à Beverly Hills. Ils auraient pris les sacs Gucci ! la mort de kurt cobain chapitre 2CHAPITRE 2: KURT A DISPARU EN LIGNE : TOM GRANT, DÉTECTIVE PRIVÉ ENGAGÉ PAR COURTNEY LOVE POUR RETROUVER KURT COBAIN AVANT MON INTERVENTION DANS L'AFFAIRE... Pendant les semaines qui ont précédé la mort de Kurt, il a été question de leur divorce. Courtney a appelé l'un de ses avocats, Rosemary Carrol, et lui a demandé d'engager l'avocat spécialisé dans les procédures de divorce le plus sadique et vicieux qu'elle trouverait. Elle s'est informée sur les possibilités d'annulation de son contrat de mariage. Kurt aussi a appelé Rosemary. Il n'avait pas terminé son testament et désirait en exclure Courtney. Kurt ne voulait plus se produire en tournée ou en concert. Il se désinteressait d'un contrat de neuf millions de dollars et demi : la tournée de Lollapalooza. Courtney était en colère contre Kurt en raison ce manque à gagner. Son irritation ne trouvant pas d'écho, elle a commencé à reprocher à Kurt sa dépendance à la drogue. Elle a organisé une réunion dans le style amour-vache avec d'autres intervenants, certains se trouvant être les camarades intoxiqués de Kurt. Courtney déclare avoir dit à Kurt : "Arrête tout ça, il faut que tu sois un bon père !". Cette remarque peut paraître quelque peu déplacée, venant d'une femme que j'ai vue sous l'emprise de la drogue la première fois que nous nous sommes rencontrés, et qui n'a pas décroché pendant les huit mois suivants. Il est difficile de croire que Kurt ait pris cette scène de ménage au sérieux. 26 mars 1994 Courtney quitte Seattle pour l'hôtel Peninsula, à Beverly Hills. 30 mars Kurt et son meilleur ami, Dylan Carlson, achètent un fusil. Kurt dit à Dylan qu'il redoute des intrusions chez lui. Abandonner la tournée de Lollapazoola est une décision qui coûtera beaucoup d'argent à d'autres personnes. Kurt pense alors que sa vie serait en danger s'il ne donnait pas les concerts. Le fusil est un calibre 20 prévu pour de petites munitions, une arme souvent conseillée par les vendeurs pour la protection de la maison. Les balles ne traversent pas les murs et ne mettent pas en danger les gens de l'autre côté. Kurt apporte le fusil chez lui, afin de l'avoir sous la main quand il reviendra de sa cure de désintoxication. Puis, il quitte Seattle pour Marina Del Rey, en Californie. 1er avril Treize appels téléphoniques sont passés de la chambre d'hôtel de Courtney, au Peninsula, à Cobain, la plupart d'entre eux en P.C.V. Courtney m'avouera plus tard n'avoir parlé à Kurt qu'une seule fois ce jour-là. Dans la soirée, Kurt quitte sa résidence. A 8 h 47, il appelle l'hôtel Peninsula et laisse un message pour Courtney : "Le numéro de téléphone d'Élisabeth est le (213) xxx xx xx (ce numéro se trouve dans mon dossier). Courtney n'a jamais parlé de ce message dans les média. Il n'a pas l'air de d'émaner d'une personne suicidaire. Kurt arrive à Seattle tôt le samedi 2 avril, et un taxi le conduit à sa maison de Lake Washington. Plus tard dans la matinée, Michael De Witt, surnommé Cali, qui fait office de "nounou" et qui vit chez le couple, le voit entrer dans sa chambre et ils discutent brièvement. Cali déclara plus tard avoir informé Courtney de la présence de Kurt dans la maison. Le samedi soir, un ami de Courtney monte de toutes pièces une information relayée par Associated Press, selon laquelle Courtney se trouverait à l'hôpital, victime d'une overdose. Ce mensonge m'apparaîtra plus tard comme faisant partie d'une véritable machination. J'INTERVIENS... Dimanche 3 avril Une femme téléphone à mon bureau de Beverly Hills. Elle me dit s'appeler Courtney Love. Quelqu'un s'est servi de la carte de crédit de son mari. Elle veut que je découvre son identité. Accompagné d'un autre enquêteur, Ben Klugman, je rencontre Courtney à l'hôtel Peninsula, à Beverly Hills. - S'il y a des fuites dans la presse, je vous poursuis en justice, me prévient Courtney dès que nous pénétrons dans la chambre. "Enchanté de vous rencontrer !" pensé-je. Courtney nous dit que son mari est Kurt Cobain, et qu'il vient de disparaître de son centre de désintoxication. Elle nous raconte qu'au prix d'un mensonge, elle a fait résilier la carte de crédit de Cobain. Elle veut que nous appellions la banque pour découvrir quelles opérations bancaires ont été effectuées sur son compte. Je lui réponds que je ne comprends pas pourquoi elle a besoin de nous pour ça. Elle peut le faire elle-même et économiser de l'argent. Si nous le faisions pour elle, je lui facturerais cinquante dollars juste pour passer un coup de fil. Courtney réplique ironiquement : - Et alors, ça n'est pas assez ? Il est temps pour nous de faire plus ample connaissance : - Écoutez, je ferai ce que je peux pour vous aider, mais je ne resterai pas ici pour me faire engueuler à chaque fois que j'ouvre la bouche. Courtney s'excuse et poursuit : Kurt a une seule carte de crédit, sans laquelle il n'a aucun moyen de se procurer de l'argent. Il n'aurait même pas d'amis susceptibles de lui en prêter. Vu à qui nous avons affaire, c'est proprement incroyable ! Nous interrogeons Courtney sur les possibilités de Kurt de se procurer de l'argent. Elle insiste : - Ce type ne peut même pas attraper un foutu taxi tout seul ! Elle nous raconte son coup monté, cette histoire d'overdose relayée par Associated Press la veille au soir. Elle dit avoir fait cela pour que Kurt la contacte. Plus tard, Courtney fait allusion aux neuf millions de dollars et demi que Kurt a laissés s'échapper. - S'il ne le fait pas pour l'argent, qu'il le fasse pour notre enfant, Frances. S'il ne fait pas la tournée, je la ferai à sa place. Elle avoue penser que Kurt veut divorcer, mentionne son contrat de mariage en précisant que tous les biens et les maisons sont au nom de son mari. Elle ne sait pas où le trouver. Peut-être, d'après elle, est-il à Seattle, ou dans l'Est avec son ami Michael Stipes. Elle nous demande alors de trouver quelqu'un à Seattle pour surveiller l'appartement d'un certain dealer, et d'autres endroits, au cas où Kurt reviendrait, mais ne dit rien au sujet de leur maison de Lake Washington. J'ai donc embauché quelques détectives privés de Seattle pour assurer la surveillance des environs. UN FAUX RAPPORT DE POLICE Lundi 4 avril Courtney appelle la police pour signaler une disparition en prétendant être la mère de Kurt, Wendy O'Conner. Le rapport stipule : "M. Cobain s'est enfui d'un centre de désintoxication en Californie et a pris l'avion pour Seattle. Il a aussi acheté un fusil et présente des tendances suicidaires". L'énoncé de ce rapport laisse entendre que Kurt a acheté le fusil après son départ de Los Angeles. Il ne mentionne pas non plus le fait que Kurt a été vu à Lake Washington depuis sa disparition ! Nous continuons de travailler avec la banque. Quelqu'un essaye d'utiliser la carte de crédit depuis son annulation. Courtney nous a dit que Kurt séjourne toujours dans les meilleurs hôtels. En réalité, nous apprendrons plus tard qu'il préfére les bouis-bouis. Nous téléphonons aux hôtels en essayant de localiser Kurt sous un de ses pseudonymes habituels. Courtney ne veut pas que Kurt sache qu'elle le recherche. Lors d'une conversation téléphonique, elle me dit que Kurt est suicidaire : "Tout le monde pense qu'il va mourir". Mercredi 6 avril Kurt n'a pas été localisé. Courtney téléphone aux électriciens chargés de l'installation d'un système de surveillance et de sécurité à Lake Washington, et leur demande de commencer à travailler sur l'éclairage et l'alarme dans la serre. Sait-elle que Kurt s'y trouve ? Essaye-t-elle de les mettre sur la piste du corps ? Plus tard, à l'hôtel, je propose d'aller à Seattle afin de rechercher Kurt. Une personne dans la pièce lance : - Pourquoi tu n'y vas pas, Courtney ? Elle répond : - Je ne peux pas, j'ai du boulot ici. Rosemary, son avocate, me confiera ultérieurement que la chanteuse n'avait aucun engagement qui puisse la retenir à Los Angeles. Je demande alors à Courtney de ne révéler à personne ma présence à Seattle, mais elle en parlera tout de même à Michael De Witt (Cali). Pourtant, elle m'a dit n'avoir aucune confiance en Cali. "Sauvez l'idole de l'Amérique, Tom !" s'exclame Courtney quand je quitte la chambre d'hôtel pour l'aéroport. RECHERCHES À SEATTLE Mercredi 6 avril, 23 h 30 Je prends le meilleur ami de Kurt, Dylan Carlson, à son appartement. Nous allons déjeuner et planifier notre stratégie pour retrouver Kurt et comprendre ce qui se passe. Dylan me dit que Kurt redoute les intrusions dans sa maison, et qu'il l'a aidé à acheter le fusil pour assurer sa protection. Plus tard, nous vérifions l'appartement du dealer de Kurt, à Capitol Hills, ainsi que les hôtels où il est arrivé à Cobain de résider. Pendant que Dylan et moi tournons en voiture autour de Seattle, je lui demande si nous ne devrions pas rencontrer la mère de Kurt, à Aberdeen. Il me répond : "Non, Kurt ne peut pas être là-bas. Il n'est plus en rapport avec sa mère". Jeudi 7 avril, 2 h 15 du matin Nous nous rendons à la maison de Lake Washington. J'attends dans la voiture pendant que Dylan fait un tour extérieur, seul, ainsi que nous l'avons prévu. Nous ne voulons pas que ma présence puisse inquiéter Kurt. Dylan revient à la voiture au moins cinq minutes plus tard pour me dire qu'il semble n'y avoir personne à l'intérieur. Je me demande pourquoi il lui a fallu autant de temps si il n'y avait vraiment personne dans la maison. Nous appelons Courtney d'une cabine téléphonique. Elle est chez Rosemary Carroll, à Los Angeles. Je lui demande de contacter la compagnie de surveillance afin de déconnecter l'alarme pour que nous puissions entrer dans la maison. De retour à la maison, nous y pénétrons par une fenêtre ouverte de la cuisine. Pendant que nous fouillons, Dylan me dit qu'il n'a jamais vu cette maison aussi propre auparavant. Nous ne trouvons pas Kurt. Dylan ne me parle pas de la serre et comme il fait sombre, je ne remarque pas la pièce au-dessus du garage. Aujourd'hui, nous savons qu'après avoir parlé à Dylan au téléphone, Courtney a quitté Rosemary pour se rendre à l'hôtel Peninsula. Un peu plus tard, elle appelle les urgences. Les premiers rapports montrent qu'elle a de nouveau fait une overdose. D'après Rosemary Carroll, Courtney a monté tout cela de toute pièce. Elle me dit aussi avoir surpris dans la conversation téléphonique de Courtney avec Dylan les mots : "Sois en sûr et vérifie la serre". Dylan et moi passons l'essentiel de la journée à inspecter les lieux où Kurt a l'habitude de traîner, et à parler à tous ceux qui pourraient savoir où il se trouve. Le soir, nous nous dirigeons vers la petite ville de Carnation, à cinquante kilomètres à l'est de Seattle, où les Cobain possèdent deux bungalows plantés sur un vaste terrain. Mais dans la pénombre, Dylan ne pense pas pouvoir localiser la propriété. La pluie battante nous incite à faire demi-tour. Nous essaierons une autre fois. Bien que Courtney se trouve à l'hôpital à cause de sa prétendue "overdose", Dylan s'arrange pour obtenir de sa part des instructions supplémentaires. Elle veut que nous retournions à la maison de Lake Washington chercher le fusil. Elle pense qu'il se trouve caché dans un compartiment de la penderie. Je me demande alors pourquoi elle n'a pas demandé ça à Cali plus tôt... Jeudi 7 avril, 21 h 45 Dylan et moi retournons à la maison de Lake Washington. A l'intérieur, je trouve sur l'escalier principal une note signée de Cali. Elle n'y était pas la veille au soir et dit notamment : "Kurt, je ne peux pas croire que tu sois passé à la maison sans me prévenir. Tu es un sacré trou du cul de ne pas appeler Courtney". J'ai l'impression que cette note m'est destinée, plutôt qu'à Kurt ! Ce bazar ressemble à un coup monté. Cali nous dira plus tard que depuis lundi, il était rarement chez lui. Pourquoi avait-il du mal à croire que Kurt soit passé ? D'ailleurs, c'était la maison de Kurt ! Qui donnait à Cali le droit d'être en colère parce que Kurt était passé chez lui ? C'est insensé ! Cali nous explique qu'il n'était pas resté dans la maison parce que Courtney pensait que Kurt s'y trouvait. Dans ce cas, pourquoi ne nous a-t-elle pas demandé de surveiller la maison ? Cali a annoncé à des amis qu'il partait pour Los Angeles dans l'après-midi du 7 avril. Je n'arriverai donc pas à le voir ou à lui parler pendant que je suis à Seattle. J'ai l'impression qu'il cherche à m'éviter. KURT EST RETROUVÉ Vendredi 8 avril au matin Dylan et moi sommes de nouveau sur la route de la propriété de Carnation quand nous nous arrêtons pour faire le plein d'essence. Dylan passe un coup de fil. Quand il revient à la voiture, il me dit qu'un ami vient de lui annoncer qu'on a trouvé un corps dans la maison de Lake Washington. Il s'agit de Kurt. Aucune réaction de Dylan. Plus tard, nous apprenons que le corps de Kurt a été retrouvé dans la serre. Je me tourne vers Dylan et lui demande : "Quelle serre ?" Il me répond que c'est une pièce au-dessus du garage. Je lui demande pourquoi nous n'avons pas fouillé cette pièce et Dylan explique : - C'est juste une chambre minable. Je pensais qu'ils ne s'en servaient que de débarras". J'appelle mon bureau pour parler à, mon collaborateur, Ben Klugman. La compagnie de la carte de crédit lui a dit que quelqu'un continuait à se servir de la carte de Kurt quelques heures encore avant la découverte du corps. Or, nous savons maintenant que Kurt était mort depuis deux jours au moins quand son corps a été découvert. Qui a donc utilisé sa carte de crédit après sa mort ? J'appelle les inspecteurs de la police criminelle de Seattle pour leur dire que quelque chose cloche. D'après les inspecteurs, Kurt s'est enfermé dans la chambre. La porte était fermée de l'intérieur et les pompiers ont dû briser une fenêtre pour entrer, ce qui suppose que Kurt était seul au moment de sa mort. Je pense qu'ils savent de quoi ils parlent, mais je suis curieux de savoir de quel genre de serrure il s'agissait. Courtney n'est du pas du tout énervée par le fait que d'autres que nous ont trouvé Kurt. Elle se comporte comme si elle pensait que Kurt est mort la veille. Si c'était le cas, nous aurions pu le sauver ! Pourquoi n'est-elle pas en colère contre nous ? Elle veut que je parle à la presse. Je réponds que je ne refuse de faire toute une déclaration avant d'en savoir plus sur les circonstances du décès. Tout cela me paraît si fumeux... Je quitte Seattle et prends l'avion pour retourner à Los Angeles. LES CONSTATATIONS DE LA POLICE DE SEATTLE Les paragraphes suivants sont des extraits, repris mot pour mot, des rapports de police de Seattle concernant la mort de Kurt Cobain. Les marques === indiquent un mot ou groupe de mots que la police a censurés avant de diffuser ses rapports. Les marques *** indiquent des éléments confidentiels (adresses, numéros de téléphone...). Constat de disparition de personne (daté du 4 avril 94. Rapport # 94-149669) M. Cobain s'est enfui du centre de désintoxication de Californie et a pris l'avion pour rentrer à Seattle. Il a aussi acheté un fusil et s'apprête alors à se suicider. M. Cobain peut se trouver à ===, où il peut se procurer des narcotiques. Le détective Terry, de la brigade des stupéfiants détient des informations supplémentaires." MON COMMENTAIRE Courtney Love a fait sa déclaration en se faisant passer pour la mère de Kurt, Wendy O'Conner. Dans le rapport, il n'est pas mentionné que Kurt a été vu pour la dernière fois à la résidence de Lake Washington. Le récit laisse entendre que Kurt s'est enfui du centre de désintoxication, puis a acheté un fusil dont il pourrait faire usage pour se tuer. En fait, Kurt a acheté le fusil pour sa protection, et avant son départ pour la clinique de Los Angeles. Donc, ce rapport met la police dans un état d'esprit bien préparé : un corps, un fusil et une note manuscrite. Tout semble coller... ENQUETE SUR LA MORT DE COBAIN Rapport des détectives Jim Yoshida et Steve Kirkland 8 avril 94, 9 h 50 - Le lieutenant Marberg reçoit un coup de téléphone de SPD Communications. Ils réclament une équipe de la criminelle à *** Lake Washington, boulevard E. C'est un suicide. Il y a une note sur les lieux ainsi que le fusil. La victime est Kurt Cobain..." 8 avril 94, 10 h 15 - Les détectives arrivent sur les lieux et rencontrent l'officier Joe Fewel, sergent responsable du secteur. Sur les lieux se trouvent aussi l'officier Von Levandowski, le sergent Jeff Getchman et le lieutenant Ziminsky. L'officier Levandowski rédigera le premier rapport sur l'incident, il a lui-même photographié les lieux. L'officier Levandowski déclare que le témoin === (l'électricien) est allé effectuer des travaux électriques, et a remarqué la victime étendue sur le sol de la serre, au-dessus du garage. L'officier Levandowski dit que deux services ont répondu à l'appel des urgences. Les pompiers ont brisé le carreau d'une porte vitrée pour accéder à la scène, et ont constaté que la victime était manifestement morte... L'officier Levandowski a protégé les lieux, et a attendu les directives de ses supérieurs de la Criminelle. Il connaissait la victime et était déjà venu chez elle. Il savait que la victime s'était enfuie d'un centre de désintoxication à Los Angeles, et que sa famille avait déposé un avis de disparition. La famille pensait que la victime était suicidaire. On savait enfin que Cobain avait récemment acheté un fusil. Cobain se trouvait dans la serre, une pièce de 6 mètres sur 7, au-dessus du garage. Du côté ouest, se trouvent des escaliers qui mènent à une porte vitrée. D'autres portes vitrées, du côté est, donnent sur un balcon. Ces portes ne sont pas verrouillées, mais bloquées par un tabouret sur lequel est posée une caisse à outils de jardinage. Il y a un évier sur le mur ouest, des étagères en inox sur les murs sud et nord. Une des étagère contient des bulbes de plantes dans un tas de terre. Sur celui-ci se trouve une note écrite à l'encre rouge. C'est une note à l'intention de Courtney et ===, signée Kurt Cobain. La victime est allongée sur le dos, la tête vers l'est et les pieds vers l'ouest. Il y a une grande flaque de sang séché à gauche de la victime, et une blessure ouverte au crâne. Il y a un fusil Remington M-11, calibre 20, entre les pieds de la victime. La bouche du fusil est dirigée vers la tête de la victime, dont la main gauche tient le canon. Le fusil est renversé, la gâchette et le chargeur pointent vers le haut. Le canon du fusil arrive à la ceinture de la victime. Il y a une boîte de cartouches de calibre 20, ouverte, posée sur une veste de velours beige qui recouvre un étui à fusil de Nylon beige. Tout ceci se trouve à gauche de la victime, sous le rayonnage en inox. De nombreux mégots de cigarette jonchent le sol près d'une canette de soda Barqs aux trois quarts pleine. Le portefeuille de Cobain est ouvert, son permis de conduire en évidence. L'officier Levandowski l'a consulté pour vérifier l'identité de la victime. Il y a aussi cent-vingt dollars en liquide sur le sol, à droite de la victime, ainsi qu'une boîte à cigares. Cette dernière contient tout l'attirail du toxicomane (seringues hypodermiques, cuillères brûlées, coton et petits morceaux de goudron). Il y a un sac en papier marron qui contient vingt-deux cartouches de calibre 22. Ce sac est sur le sol, aux pieds de la victime. Du côté droit, à côté de la boîte à cigares, se trouvent un chapeau, deux serviettes, les cent-vingt dollars en liquide, le portefeuille, un paquet de cigarettes, un briquet et une paire de lunettes de soleil. Dans la poche de la veste, il y a un reçu pour l'achat d'un fusil Remington de calibre 20, numéro de série 1088925. Le prix d'achat est 308,37 dollars et le reçu est daté du 30 mars 94. L'acheteur mentionné comme étant Dylan R. Carlson ===, Seattle 98115. 11 h 05 : L'enquêteur Dave Delgado, les médecins légistes Nick Hartshorne et Donald Reay, du Comté de King, arrivent sur les lieux. Le docteur Hartshorne mènera la première inspection du corps : il prend des photos puis commence son examen sur les lieux. Le fusil est ôté d'entre les pieds de la victime et déchargé par le détective Kirkland. Il reste une balle dans la chambre du fusil, et une autre dans le chargeur. Le docteur Hartshorne déclare que les dégâts à l'intérieur de la cavité buccale indiquent que le coup a été tiré dans la bouche. Il remarque des traces de piqûres à l'intérieur des avant-bras droit et gauche. MON COMMENTAIRE 1 - La police possédait donc des photographies de la scène du meurtre. Ils auraient pu me les montrer, plus tard, pour clarifier toutes les questions qui se poseront, on le verra plus loin, sur la coiffure de Kurt, mais le sergent Cameron m'a dit qu'ils n'avaient pas développé les photos et ne le feraient probablement jamais. 2 - Les portes vitrées du côté ouest étaient fermées à clef. La police pense donc que Cobain s'était enfermé à l'intérieur, ce qui accrédite la thèse d'un suicide. Soit, mais il faut savoir que les serrures de ces portes sont du même modèle que celles qu'on trouve dans les hôtels. En poussant un bouton qui se trouve sur la poignée, vous verrouillez la porte. Cependant, rien ne vous empêche de faire cette manoeuvre avant de sortir en claquant la porte derrière vous. La porte paraîtra avoir été verrouillée de l'intérieur. N'importe qui peut avoir procédé de cette manière. (À l'appui de ma théorie, j'ai conservé des photos des portes). 3 - Le premier officier sur les lieux a trouvé le portefeuille sur le sol et a pris des clichés du permis de conduire. Mais c'est lui qui a ouvert le portefeuille. 4 - Il n'y avait pas de tabouret bloqué contre la porte. Kurt n'était pas barricadé dans la pièce. Le seul tabouret se trouvait devant les autres baies vitrées, du côté est, celles qui mènent au balcon. Ce n'était pas une issue. Ce petit tabouret en bois ne bloquait rien du tout. 5 - La police se réfère à la note trouvée sur les lieux comme une note de "suicide", dit qu'elle a été écrite à l'intention de Frances et Courtney, pour expliquer "pourquoi il s'était tué". Cette note n'était pas pour Courtney et Frances, mais pour les fans de Kurt, avec une petite note en bas de page pour Courtney et Frances. Si vous avez lu cette note, vous avez bien vu que Kurt n'y parle pas de se supprimer ! 6 - Le fusil était retourné. L'assassin - puisque je pense qu'il s'agit d'un meurtre - pouvait-il savoir comment placer le fusil pour faire croire à un suicide ? Avez-vous vu la photo de Kurt tenant ce qui ressemblait à un revolver dans sa bouche ? Cette image est parue dans un magazine peu après la mort de Cobain. Elle a été prise plusieurs mois plus tôt, alors que Kurt s'amusait avec un pistolet en plastique. Kurt met le revolver dans sa bouche, son pouce droit maintenant la gâchette retournée ! Nous savons maintenant que Courtney avait une copie de cette photo chez elle, avant la mort de Cobain. Cette photo a-t-elle été utilisée comme modèle pour la mise en scène ? 8 - On a retrouvé trois cartouches chargées dans le fusil. S'il avait voulu se suicider, qu'aurait-il fait des deux autres balles ? Kurt a acheté ce fusil pour sa protection, et non pas pour attenter à ses jours. La police est-elle dotée d'une imagination débordante ? Le fameux tabouret est mentionné dans un autre rapport de police... Résumé du rapport # 94-156500 de l'officier Levandowski Le 08 avril 94, vers 08 h 40, === arrive à *** Lake Washington, Bld. E, pour effectuer des travaux d'électricité. === longe le côté est du garage, et aperçoit la victime à travers un carreau de la porte vitrée. La victime est étendue sur le sol, un fusil en travers du corps, et une blessure ouverte à la tête. C. appelle les urgences. Les pompiers et la police répondent à l'appel. Sur les lieux, Levandowski observe la victime sur le sol, immobile. La porte vitrée est verrouillée. La voiture de pompiers 34 arrive. Les hommes forcent l'entrée en brisant un des carreaux. Les lieux ont étés photographiés par Levandowski, Fewel, et le sergent Getchman. La scène a été contrôlée jusqu'à l'arrivée des détectives de la Criminelle. Toutes les pellicules photo ont étés remises au detective Yoshida. Levandowski a remarqué que les portes vitrées à l'autre bout de la pièce, étaient bloquées par un tabouret, obstruant l'entrée. MON COMMENTAIRE Vous avez remarqué la dernière phrase de ce rapport ? Elle est clairement hors-sujet. Le rapport a l'air fini, et ce complèment d'information arrive comme un cheveu sur la soupe ! Comme je l'ai déjà mentionné, ces portes n'étaient pas verrouillées, et menaient seulement à un balcon. On ne pouvait pas accéder à la pièce par ces portes. De plus, ce petit tabouret en bois ne pouvait rien bloquer du tout ! Mais, naturellement, si vous n'avez pas été sur place, vous ne verrez jamais la différence. Alors, pourquoi cette ligne a-t-elle été rajoutée ? Parce que les détectives avaient déjà parlé du tabouret dans les médias. Ceux-ci avaient donc répandu la rumeur que Kurt s'était barricadé. Apparemment, quelqu'un a dû remarquer que le rapport de police ne correspondait pas au "mythe officiel", et a essayé de corriger cette impression. Qui a écrit ces lignes ? Je pense qu'elles ont été rajoutées à l'insu de Levandowski, sur la suggestion d'un tiers. Je ne m'interroge pas sur les intentions de Levandowski. Il semble consciencieux et minutieux. Mais s'il admet être personnellement responsable de cet ajout ridicule et délibérément trompeur, je reverrai mon opinion sur ses motivations, son intelligence et sa clairvoyance. Et maintenant, voulez-vous un autre exemple de l'imagination de la police ? Extrait du résumé de l'enquête principale. Police Criminelle rapport #94-156500 Détectives: Jim Yoshida et Steve Kirkland. Cobain avait une unique blessure mortelle à la tête. Le fusil a été placé dans sa bouche, puis une balle a été tirée. Il y avait des marques sur ses mains de Cobain. MON COMMENTAIRE Nous savons que sur les mains de Cobain se trouvaient des marques, mais, parmi elles, aucune trace susceptible d'indiquer qu'il avait déchargé le fusil. J'ai fait revoir ce rapport par d'autres détectives et criminologues. Aucun d'entre eux ne peut se prononcer quant à l'origine de ces marques. Ce modèle de fusil n'est pas très répandu, mais nous avons localisé une arme identique au Nord de la Californie. Nous l'avons testée. Personnellement, j'ai tiré dix-huit fois sans me laver les mains. Pas une trace. Ces marques pouvaient elle être des résidus du coup de feu ou de suie ? Non, je reviendrai sur ce point plus tard. Évidemment, un reporter moyen ou un lecteur non averti ne relèverait pas ces détails du premier coup d'oeil. Un peu d'imagination et les médias seront vite convaincus du suicide de Kurt. Vous vous rappelez l'affaire de la carte de crédit ? Incident # 94-156500, dossier # 94-117. Détectives Steve Kirkland et Jim Yoshida. 13 avril 94, 9 h 00 Vérification du portefeuille de Cobain. Nous n'y trouvons pas de carte SeaFirst au numéro noté plus haut. Il y a deux autres cartes SeaFirst, avec des numéros différents. MON COMMENTAIRE Qui avait la carte ? Qu'est-il arrivé aux autres cartes de crédit de Kurt ? Je veux parler de celle qu'il a utilisée à Los Angeles pour prendre son billet chez Delta Airlines avant de quitter Seattle, et de celle que Courtney a "annulée". Les rapports de la banque montrent que quelqu'un a essayé de se servir de la carte "manquante" après la mort de Kurt, mais que les retraits d'argents ont cessé dès la découverte du corps. La police n'a jamais essayé de tirer ça au clair. Pourquoi ? RÉALITÉ OU FICTION ? Les gens peuvent penser : "Rien ne prouve que c'était un meurtre", mais soyez patient et n'oubliez pas... Il n'y a jamais eu aucune preuve que c'était un suicide, seulement des présomptions... et ces présomptions reposent sur des informations fallacieuses. Quelle que soit votre opinion, elle doit se fonder sur des faits réels, et non pas sur des détails déformés par la police et les médias. Et gardez une chose en tête. Courtney Love a déclaré, le 10 avril 1994 : "Quelque chose de bon peut sortir de la mort de Kurt. Je ne sais pas encore quoi... mais quelque chose de bon." la mort de kurt cobain chapitre 3CHAPITRE 3: COURTNEY BROUILLE LES PISTES EN LIGNE : TOM GRANT, DÉTECTIVE PRIVÉ De retour à Seattle, mercredi 13 avril 1994 J'ai rencontré Rosemary Carroll, avocate, dans son bureau de Hollywood. Elle soupçonne Courtney d'avoir trempé dans la mort de Kurt, et trouve bizarre qu'elle ne veuille montrer à personne la prétendue lettre de suicide. Nous nous sommes mis d'accord : il vaut mieux pour moi que je retourne à Seattle poursuivre mon enquête. Jeudi 14 avril 1994 Je me rends à la maison de Lake Washington. Courtney est assise devant la table de la salle à manger. Tandis que je m'avance pour m'asseoir, elle dit, "Je crois que je tiens le bon détective, cette fois-ci.". Le compliment est joli, mais il tombe à plat. Après que nous avons échangé quelques banalités, Courtney se lève pour aller chercher des cigarettes. Une femme s'approche de moi. Elle porte un tee-shirt noir, où est imprimé : "Grunge is Dead". Je suppose qu'elle est apparentée à Kurt, une soeur, ou peut-être une cousine. Elle se tient debout devant moi et me demande : - C'est vous, le détective ? J'acquiesce, et elle poursuit : - Que pensez-vous de tout ça ? Ne sachant pas qui elle est, je réplique simplement : - Je ne sais pas. À votre avis ? Elle répond en se présentant : - Je suis la maman de Kurt, Wendy. Je n'en sais rien. Quelque chose ne tourne pas rond. Pourquoi Dylan n'a-t-il pas jeté un coup d'oeil dans la serre ? Je dis à Wendy que j'aimerais bien m'asseoir en face d'elle pour discuter, dans quelques jours. Elle accepte et me dit qu'elle aussi souhaiterait me parler. Je remarque que Courtney nous observe par-dessus l'épaule de Wendy. Notre conversation semble l'inquiéter. Lorsqu'elle revient vers nous, Wendy s'écarte. Courtney prend Wendy dans ses bras et l'embrasse. Puis je vois Courtney murmurer quelques mots à l'oreille de Wendy. Le reste du temps que je passerai dans la maison, Wendy se montrera froide et distante. Je n'ai qu'une idée en tête : il me faut voir la fameuse lettre. Je suis Courtney à l'étage. Nous nous asseyons sur le lit pour discuter. Puisqu'elle ne laisse ni ses amis proches, ni son avocat s'approcher de la lettre de suicide, il faut que je trouve un moyen de me procurer ce texte pour l'examiner. - Je vous ai entendu lire la lettre à la télévision l'autre jour, lui dis-je. J'ai été troublé par quelque chose. On aurait cru que la lettre disait "Je suis allongé sur le lit..." Si Kurt était bien couché sur le lit en rédigeant cette lettre, pourquoi le lit était-il bien fait lorsque je suis venu ici l'autre soir ? On n'aurait pas dit que que quelqu'un s'était allongé dessus... - Non Tom, c'est moi qui étais couchée sur le lit, dit Courtney. C'est moi qui étais dessus en enregistrant la lettre pour les fans de Kurt. - Êtes-vous sûr que c'est bien vrai, c'est vous qui avez dit ça ? lui demandai-je. J'ai eu comme l'impression que c'est Kurt qui disait qu'il était couché. - Mais non, je vais vous montrer, dit-elle en tirant une feuille pliée dissimulée sous un oreiller. Courtney me tend enfin la lettre en précisant : - Ce n'est qu'une copie. La police a conservé l'original. J'étudie la note, en faisant semblant de chercher la phrase en question dans le texte, et je dis soudain : - J'ai bien du mal à lire sans mes lunettes. Est-ce que je peux photocopier cette lettre sur votre fax en bas ? Je pourrais la lire plus tard. - Oui, bien sûr, marmonne Courtney tandis que son regard se fige. Lorsque je reviens à l'étage, Courtney est à genoux sur le sol, en train de feuilleter un carnet de téléphone. Le téléphone est posé à côté d'elle. - Pourriez-vous attendre en bas, Tom ? Quelques minutes plus tôt, elle se montrait très amicale ; à présent elle semble irritée. Voyage à Carnation Nous avions projeté un voyage à Carnation, où se trouve la résidence secondaire des Cobain. Eric Erlandson, le guitariste de Hole, était sensé nous accompagner mais avant de quitter la maison de Lake Washington, Courtney le prend à part. Eric quitta ensuite la maison au volant de sa caravane. Je dis alors : - Je croyais qu'Eric viendrait avec nous. - Il nous rejoindra là-bas, répond Courtney. C'est moi qui conduis Courtney à Carnation avec Kat Bjelland, le guitariste de Babes In Toyland, assis sur le siège arrière. Sur le chemin, elle maudit le "fils de pute" qui a révélé à l'Associated Press qu'elle avait a fait une overdose le 2 avril. Elle s'agite, et grogne : - Je vais trouver qui c'était, et poursuivre ce salaud en diffamation. Je peux prouver que j'étais à mon hôtel. On m'a vue là-bas. C'est un ramassis de mensonges. - Vous m'avez dit que c'est vous qui aviez lancé l'affaire ! dis-je. - Ah bon ? Et elle tourne la tête pour regarder le paysage. À deux reprises, Courtney demande que nous nous arrêtions pour manger un morceau. Puis, comme nous nous égarons, nous devons nous enquérir de la bonne direction auprès d'un fermier. Pourtant, Courtney s'est rendue dans la région à plusieurs reprises auparavant. Veut-elle nous faire prendre du retard ? Lorsque nous arrivons à la propriété, je remarque d'emblée deux bâtisses qui reflètent clairement les personnalités de Kurt et de Courtney. L'une est une vieille cabane meublée, l'autre une demeure toute neuve, inhabitée et vide. Nous entrons d'abord dans la vieille cabane. Courtney et Kat montent au grenier, et je reste au rez-de-chaussée pour jeter un coup d'oeil partout. Lorsqu'ils sont redescendus, Courtney tire un petit sac de tissu de la poche de son manteau : - Regardez, Tom. Kurt est venu ici ! dit-elle en tirant une seringue du sachet. N'importe quoi ! Kurt n'aurait jamais conservé une seringue dans un sac en tissu. Et pourquoi l'aurait-il laissée ici ? J'ai la vague impression que Courtney a apporté le sac avec elle. Quelques minutes plus tard, nous trouvons cinq rats morts dans les toilettes. ça fait un moment qu'ils se trouvent là, vu leur état. Il est évident que nul n'est venu à la cabane depuis fort longtemps ! Dans la nouvelle maison, nous mettons la main sur un sac de couchage, des mégots de cigarettes, et des canettes de soda dispersées un peu partout. Courtney veut que nous rapportions ces objets avec nous. Elle dit qu'elle veut y faire relever les empreintes digitales. Je me demande pourquoi faire... Je remarque également que Eric ne vient pas nous rejoindre. Est-il venu, puis reparti avant notre arrivée ? Courtney change d'avis au sujet des empreintes après une conversation étrange que nous avons dans la voiture. Je mentionne que j'ai travaillé sur des moulages et que le plus étonnant est qu'on peut dupliquer les empreintes digitales. Courtney a subitement l'air découragé. Plus jamais elle ne suggérera de relever les empreintes digitales. Est-ce que cela faisait partie d'un plan pour me faire croire que Kurt s'était réfugié à Carnation après avoir quitté le centre de désintoxication de Los Angeles ? De ma voiture, Courtney appelle un détective de la brigade des stupéfiants, Antonio Terry. J'apprendrai plus tard qu'elle a eu fréquemment Terry au bout du fil depuis la fuite de Kurt. Le détective Terry était même cité dans le rapport de police établissant la disparition de Kurt, comme témoin potentiel. Retenez le nom de Terry. Il reviendra par la suite. À un moment donné, Courtney sort de la voiture, et j'entends le présentateur radio Paul Harvey évoquer une rumeur circulant sur l'existence d'un pacte de suicide entre Kurt et Courtney. Courtney faisait sans cesse courir des rumeurs de ce genre et généralement, elle accusait les uns et les autres de les avoir colportées. Je me demande alors s'il existe une corrélation entre ses overdoses de samedi soir et de jeudi matin. Pensait-elle, alors, que Kurt allait mourir samedi soir ? A-t-elle supposé, ensuite, que nous découvririons le corps jeudi matin ? A-t-elle essayé, en somme, de maquiller l'affaire en un "pacte de suicide" dans lequel elle aurait tenté de respecter son propre engagement ? Obstruction de l'enquête De retour à la maison, je dis à Courtney que je souhaite parler à Cali et à Dylan en même temps. Courtney réplique : - Cali est en désintox à El Paso, ou en Géorgie... Non, il est à Los Angeles avec des copains. Et elle crie à Éric : - Appelle Cali et dis-lui de prendre le premier avion pour rentrer. Dylan arrive pendant que je suis à la cuisine. Courtney l'emmène dans sa chambre à coucher et il n'en ressort que vingt minutes plus tard. Lorsqu'ils refont surface, il est clair que Dylan vient de se piquer à l'héroïne. En le questionnant, je remarque que ses réponses sont surfaites, comme s'il avait été préparé à notre entretien. Il ne peut tenir la tête très droite à cause de la drogue. Il ne rime à rien de poursuivre cet entretien. Je quitte la maison en demandant à Éric de m'appeler dès l'arrivée de Cali. Quelques heures plus tard, je parle de nouveau à Éric. Il me dit qu'après mon départ, Courtney a rappelé Cali pour lui dire que ce n'était pas la peine qu'il vienne à Seattle. Eric ajoute : - Je ne sais vraiment pas ce qui se passe ici ! Samedi 16 avril Ben Klugman est venu à Seattle pour m'assister dans mon enquête. Nous retournons donc à la maison de Lake Washington pour parler à Courtney. La personne qui m'ouvre la porte m'informe que Courtney est au premier étage, en train de dormir. Je lui demande si Wendy, la mère de Kurt, est là. Elle dit que Wendy est au rez-de-chaussée. Je lui demande alors de prévenir Wendy de notre présence, et de solliciter un entretien avec elle. La dame s'en va, et revient deux minutes plus tard : - Wendy n'a rien à vous dire ! L'électricien qui a découvert le corps de Kurt nous rejoint à notre hôtel. Il décrit la position du corps et du fusil. Il ajoute : - On aurait dit que Kurt sortait de chez le coiffeur ; ses cheveux étaient bien étalés et bien nets. Je sais bien que ce détail aurait pu jaillir diectement de l'imagination de ce type, mais je décide alors d'examiner les photographies de police. Examen des documents Je faxe avant tout plusieurs photocopies de documents (y compris la "note de suicide") à deux examinateurs de documents à Los Angeles. Les ayant étudiés, ils m'expliquent bientôt que c'est probablement Courtney qui a écrit la lettre laissée dans l'escalier, et pas Cali. Cette hypothèse n'est pourtant pas logique. Courtney était encore à Beverly Hills lorsque cette lettre apparut, comme par enchantement, sur les marches. Si les experts ont raison, tout porte à croire à une conspiration. Mais j'ai du mal à accepter leurs conclusions. Rencontre avec la police Je me rends au commissariat pour discuter avec le Sergent Cameron. Ensemble, nous évoquons les mobiles pouvant valider l'hypothèse d'un meurtre : - le suicide d'un conjoint rapporte plus que le divorce. - en cas de suicide, les ventes de disques de Kurt ne pouvaient que flamber et la carrière de Courtney décoller. Nous établissons la liste des incohérences et des contradictions dans les faits : - disparition d'une carte de crédit et retraits d'argent postérieurs à la mort de Kurt. - Courtney a ordonné à Dylan d'inspecter la serre, et il ne l'a pas fait. - la lettre retrouvée sur les escaliers signée par Cali n'a ni queue ni tête. - des doutes subsistent quant à l'écriture de la lettre de suicide (est-ce celle de Kurt ? ). - enfin, l'électricien est persuadé d'avoir aperçu la chevelure de Kurt soignée et peignée. Je demande alors à Cameron : - Pourquoi m'avoir dit que la porte était verrouillée de l'intérieur ? Le mécanisme du verrou est extrêmement simple. N'importe qui aurait pu tirer sur la porte après avoir fermé le loquet ! - Il y avait un tabouret contre la porte, rétorque le sergent, un rien offusqué. Une fois encore, je suppose que la police a des preuves permettant d'affirmer que Kurt était seul. Lorsque je demande au Sergent de me laisser jeter un coup d'oeil sur les photos pour comprendre ce que l'électricien a cru voir, il répond : - Nous n'avons pas développé ces photos, et nous ne les développerons sans doute jamais. Nous ne développons pas les photos de suicides. Rien de ce que vous m'avez dit ne me semble convaincant. Pour moi, ça n'est rien d'autre qu'un suicide. Suite de l'enquête Je passe les quelques semaines qui suivent à tenter de déterminer si mes experts ont fait fausse route ou non. Au fil de mes propres examens, je conclus qu'ils se sont effectivement trompés. C'est bien Cali qui a écrit cette lettre retrouvée dans les escaliers à Lake Washington et pas Courtney. L'un des experts finit par admettre son erreur. L'autre reste ferme sur ses positions d'origine. J'appelle alors le détective Kirkland et lui fais savoir que les experts se sont trompés. Il ne comprend pas tout de suite la portée de cette erreur, parce que, depuis le début de l'enquête, il ne me prête aucune attention. Puis, je passe en revue des coupures de presse, et je les trouve toutes infestées de faux bruits. Un article décrit Courtney comme cloîtrée chez elle, prostrée, alors que je la sais déjà en Arizona, à Canyon Ranch, dans le lit de Billy Corgan, trois semaines après la mort de Kurt. COURTNEY LOVE SUR LA SELLETTE 8 mai 1994 J'envoie une lettre à Courtney pour l'informer de mes soupçons sur la mort de Kurt... Chère Courtney, Je suis sûr que vous savez depuis longtemps que mon enquête s'est révélée bien plus productive que vous ne pouviez le supposer au départ. Le but de cette lettre est de clarifier ma position quant à nos relations de travail à compter de ce jour. Vous vous souvenez certainement de notre petite expédition à Carnation, le jeudi 14 avril. J'ai mentionné en route que j'allais certainement exhumer de vieilles histoires qui ne vous plairaient pas. Je vous ai alors demandé si vous vouliez cependant que je continue de creuser. Kat, assis sur le siège arrière dit : "Oh oui, elle veut tout savoir". Vous avez vous-même répondu "Oui Tom, vous avez carte blanche. Je veux savoir tout ce qui s'est passé." Vos instructions étaient claires et, pendant les jours et les semaines qui suivirent, j'usai de ma "carte blanche". Tandis que l'enquête avançait, mes efforts pour accéder à la vérité me semblèrent délibérément freinés. En lisant quelques articles dans les journaux et les magazines, je découvris que les information transmises à la presse étaient souvent erronées ou délibérement trompeuses. Je pense que les circonstances qui entourent la mort de votre mari sont extrêmement suspectes. Mon enquête a mis au jour un certain nombre d'incohérences et de contradictions dans les faits rapportés. Je dois rendre compte de ce type d'éléments à la police. C'est pourquoi, le 15 avril dernier, j'en ai informé le sergent Cameron. Mon expérience m'a déjà appris que les policiers apprécient rarement l'intervention de détectives privés. J'ai décidé de continuer à travailler sur cette affaire, jusqu'à son dénouement, sans coût additionnel. Vous trouverez avec cette lettre une facture mentionnant les frais engagés jusqu'ici, et les dates des services rendus. Comme vous pouvez le voir, avant mon retour à Seattle, ces charges excédaient largement l'accompte que vous m'aviez versé. Néanmoins, considérez-vous comme quitte de cette facture. Dans ma quête de la vérité sur la mort de votre mari, votre coopération serait appréciée, mais non requise. Sincèrement, Tom Grant THE GRANT COMPANY Je m'attendais à une réponse furieuse de Courtney, or elle me répondit en me recrutant de nouveau, mais pour une toute autre affaire. Ce travail, vraiment fastidieux, était sans aucun rapport avec la mort de Kurt. Lorsque je me fus acquitté de cette tâche, il m'apparut clairement qu'elle se fichait des résultats. Par la suite, Courtney m'encouragea à plusieurs reprises à poursuivre mon enquête, tout en me mettant dans les roues autant de bâtons qu'elle le pouvait. Chaque fois que je discutais avec des amis proches de Courtney au sujet de la mort de Kurt, elle s'empressait de louer mes services pour me ralentir en me focalisant sur un autre travail. Il semblait qu'elle n'ait plus tellement le choix : une sainte colère venant d'elle me mettrait la puce à l'oreille, une rupture totale de contacts ne lui permettrait plus de surveiller l'avancée de mes recherches. Courtney a peut-être cru me soudoyer en m'employant à plusieurs reprises. Courtney se dit persuadée que Kurt était avec Katlin avant de mourir. Katlin est un revendeur de drogue, qui habite sur la colline du Capitole de Seattle. À mon bureau de Beverly Hills, Cali a affirmé qu'il avait vérifié la serre le dimanche, mais avait décidé de ne pas y retourner : "C'est seulement une pièce sale, sordide et minuscule", a-il dit. En fait, j'ai découvert que la serre est une pièce étendue, très propre. Elle mesure 40 m2 environ ! Le 11 mai, dans le Seattle Times, Dylan déclara à un reporter qu'il ne se doutait pas de l'existence de la serre. "Je n'ai jamais su qu'une pièce supplémentaire était attenante à la maison." Une contradiction de plus : Dylan m'avait dit le contraire le jour où l'on avait découvert le cadavre de Kurt. Quelques semaines plus tard, Courtney a avoué qu'elle avait donné trente mille dollars à Cali pour suivre une cure de désintoxication dans l'est des États-Unis. Elle était furieuse parce qu'il avait emmené sa petite amie avec lui. Je ne pouvais m'empêcher de me demander si, là encore, un cadeau n'achetait pas le silence d'un témoin précieux. COURTNEY LOVE Les journalistes ou les écrivains pourraient tenter de décrire ainsi la personnalité de Courtney Love : flamboyante, frivole, une vraie provocatrice. Mais Courtney sait faire usage de ses attributs de baby-doll, de ses paroles détonnantes et de son attitude choquante pour masquer ses problèmes psychologiques. En ma qualité de détective privé, en quête de réponses face à une mort inexpliquée, je suis capable d'envisager Courtney sous un angle complètement différent. Pour moi, Courtney est une femme extrêmement intelligente. C'est aussi une psychopathe et une opportuniste. Elle n'hésitera pas à se servir de qui bon lui semble pour servir ses ambitions de gloire et de fortune. Bien sûr, je ne suis pas psychologue, mais le déséquilibre mental de Courtney est tellement évident que je ne pense pas avoir besoin d'être diplômé pour identifier le problème La spécialité de Courtney, c'est ce don particulier qui lui permet de manipuler les hommes pour arriver à ses fins et assouvir ses besoins. Elle change de tempérament comme un caméléon. À la moindre critique, elle se fait passer pour une victime. Elle se complaît dans le rôle de la femme-enfant, tendre et vulnérable, tout en admettant ne pas être une sainte. Courtney sait pleurer sur commande. Elle abuse de ce talent pour attirer les sympathies. Courtney admet qu'elle est menteuse et opportuniste. Elle porte ces titres comme un étendard. En manoeuvrant ainsi, elle tire toujours son épingle du jeu. Ses débordements sont souvent excusés d'un haussement d'épaule. Qu'est ce qui se trame vraiment dans cet esprit chaotique ? Prêtez l'oreille aux paroles de Courtney. Lisez ses interviews avec soin. Elle se dévoile elle-même ! Conversation téléphonique avec Tom Grant (3 avril 1994) : Dans mon entourage, les gens ont peur de moi, alors ne vous foutez pas de ma gueule ! US Magazine (août 1994) : Kurt ? Génial, certainement, mais une rock star ? Kurt ? Non. J'étais sur le point de le surpasser. C'est pourquoi j'ai fini par me dire "Je ne suis pas sur Terre pour m'envoyer en l'air avec une rock star. Je suis là pour être une rock star." Rolling Stone (15 décembre 1994) : Mon ambition me garde en vie... et si vous croyez un seul instant que vous pourrez m'empêcher d'arriver là où je veux aller, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil. Extrait d'un courrier électronique destiné aux fans de Kurt Cobain (ils ont accusé Courtney d'exploiter la mort de son mari) : J'ai le feu aux fesses, alors, enculés, vous pouvez avoir une sacrée trouille ! LA PRÉTENDUE NOTE DE SUICIDE Je me suis demandé si Kurt était bien l'auteur de ce texte. Cela m'a pris du temps pour en être sûr, mais je suis finalement certain que Kurt l'a effectivement rédigé. Je suis sûr qu'il a intégralement écrit cette lettre de sa main, quoique l'on puisse douter de l'authenticité de la dernière phrase. Après examen de la copie de la lettre, l'épaisseur du trait sur ce morceau de phrase me semble plus mince que le reste du texte. Ceci peut indiquer un changement de crayon ou de stylo, ou l'existence d'un scripteur différent. Plusieurs experts ont étudié l'écriture de cette lettre, et leurs opinions sur ces derniers mots varient. Pour ma part, cet ajout n'est pas un élément déterminant. Nous avons recueilli suffisamment d'indices qui indiquent que Kurt était sur le point de quitter Courtney. Les insultes et les critiques de sa femme étaient parvenues à le convaincre qu'il exerçait une influence néfaste sur sa propre fille. S'agissait-il, en tout cas, d'une lettre annonçant son suicide ? Au départ, je ne savais pas. Mais en repassant mes notes au crible, en étudiant l'affaire et en grapillant des informations tout en travaillant avec Courtney, je conclus qu'il s'agissait d'une simple lettre de Kurt, adressée à ses fans, leur expliquant pourquoi il comptait quitter l'industrie rock, et arrêter les tournées et les concerts. Lisez ce document attentivement. Cet homme tient beaucoup à ses fans. Il est capable d'affection envers eux. Certes, c'est un toxicomane, il a des tares, mais il semble tenir aux autres plus qu'à lui-même. Cette lettre reflète-t-elle l'image d'un père narcissique qui ne se soucie pas de sa fille ? A-t-il l'air de ne pas s'inquiéter des souvenirs qu'il lui laissera, des images de violence et de destruction physique que Frances associera toujours à son souvenir ? Ces observations constituent-elles des preuves suffisantes pour affirmer que Kurt Cobain ne s'est pas suicidé ? Non. C'est simplement pour que vous saisissiez mieux ce que Kurt pensait en rédigeant cette lettre. Certains journalistes prétendent que cette lettre n'a aucun sens. Ca, c'est parce qu'ils la lisent en pensant à un suicide. Une fois que l'on comprend qu'il ne s'agit que d'annoncer une retraite anticipée, cela coule de source. Imaginons un instant que Kurt soit vivant et en pleine forme. Son groupe s'est dissout, et lui-même a quitté Seattle. Tous ses concerts ont été annulés. À présent, relisons la lettre. Imaginons que Kurt l'a écrite pour expliquer certaines choses à ses fans. Tout s'éclaire ! QUI EST BODDAH ? Dans un article publié il y a deux ans, Wendy O'Conner, la mère de Kurt, a raconté que dans son enfance Kurt avait un ami imaginaire appelé Boddah. D'après nos recherches, l'ajout du mot "prononcé" après le nom Boddah fait références aux croyances bouddhistes de Kurt Cobain. Pour les non-initiés, il semble que Kurt s'adresse à Dieu, mais en réalité, les mots signifient : "À tous les hommes éclairés." Cette théorie est certainement plus crédible que celle de l'ami d'enfance imaginaire : Cobain s'adresse à ses fans, ceux qui le comprennent, ceux qui sont "éclairés". Le plus important ici, c'est le corps de la lettre. Il nous apprend en tout cas à qui cette lettre ne s'adresse pas. Cette lettre n'appartient pas à Courtney Love. Elle a été rédigée à l'intention des fans de Kurt. Elle appartient aux fans de Kurt. Que veut dire Cobain en écrivant : Toutes les alertes données par les théoriciens du rock punk au fil des années, depuis ma première initiation à, disons, l'éthique qui accompagne l'indépendance et l'étreinte de votre communauté, se sont révélées réelles ? Je crois que Kurt a voulu expliquer qu'il avait été mis en garde contre l'appât du gain, la corruption et l'exploitation dans l'industrie rock. Que penser de la phrase à la fin de la lettre ? Je ne ressens plus de passion et, souvenez-vous en, mieux vaut se consumer que de s'affaiblir et disparaître. C'est ce qu'on dit généralement pour justifier une démission ou, dans le monde du spectacle, un adieu à la scène prématuré, en pleine gloire. Que disait-il en écrivant : "Je t'en prie Courtney, tiens bon, pour Frances, pour sa vie...." ? Lorsque j'étais avec Courtney au Peninsula Hotel, quelques jours avant que l'on découvre le cadavre de Kurt, elle me dit presque exactement la même chose : Il doit faire la tournée de Lollapalooza, au moins pour son bébé, pour Frances. Kurt, sans aucun doute, avait entendu cette rengaine auparavant. Il ne voulait plus de ce train de vie. L'argent lui importait peu, mais il savait que la gloire et le fric comptaient beaucoup pour Courtney. Même si Kurt souhaitait mettre un terme à son mariage, il aimait encore Courtney. Il s'en allait, mais il était prêt à la soutenir. Lors d'une interview qu'elle donna à David Fricke, du magazine Rolling Stone, Courtney répondit à une question à propos de la prétendue note de "suicide" retrouvée près du cadavre de Kurt. David Fricke : Est ce que, selon vous la lettre de suicide de Kurt a vraiment un sens ? Courtney Love : Il m'a écrit une autre lettre, plus longue, différente de la note de suicide. Je l'ai mise dans un coffre-fort. Je la montrerai sans doute à Frances, un jour. L'écriture est vraiment dégueulasse. Ca dit : Tu sais que je t'aime, que j'aime Frances, et que je suis désolé. Je t'en prie, ne me suis pas. La lettre est longue parce qu'il se répète sans arrêt : Je suis désolé. Je suis désolé. Je suis désolé. Je serai là, je te protégerai, je ne sais pas où je vais, je ne peux pas rester ici plus longtemps. Il y avait donc une autre lettre ! Pourquoi n'en avait-elle rien dit à personne auparavant ? Le 19 janvier 1995, Courtney et moi avons discuté au téléphone pendant près d'une heure, à ce sujet. Tom Grant : Qu'en est-il de cette autre lettre ? Celle dont vous avez mentionné l'existence dans Rolling Stone... Courney Love : C'est plutôt une lettre personelle, pas une explication de son suicide. C'est comme, ça ressemble plus à, enfin c'était dans une enveloppe cachetée, et c'était, ben, adressé rien qu'à moi, et on dirait qu'il l'avait écrite en désintox. - Où l'avez-vous trouvée ? - Dans ma chambre, sous mes coussins. - Sous vos coussins ? - Ouais, et je n'en ai pas parlé mais Rosemary et moi, on en a parlé au Sergent Cameron. - Ah oui... - Je la lui ai montrée... - Il n'y a qu'un problème avec cette lettre, Courtney... - Quoi ? - J'ai regardé sous vos oreillers. - Et... - J'ai même regardé, avec vous, sous votre matelas. - Elle était bien là pourtant. - J'ai trouvé le Rohypnol sous le matelas. Cette lettre n'a jamais été derrière vos oreillers. - Mais si, Tom... et je l'ai montrée au sergent Cameron, et il peut le prouver. Je la possède. Je vous la montrerai. Quoi que vous... si vous voulez vraiment la voir. - Oui, j'aimerais vraiment y jeter un coup d'oeil. Mais ce que je vous dis, c'est que la lettre n'était pas dans votre lit la veille du jour où l'on a découvert le corps, ni la veille de la veille. Parce que, vous pourrez vérifiez avec Dylan, nous avons soulevé les coussins. Nous cherchions de la drogue. Nous avons même retourné les matelas. C'est là qu'était dissimulé le Rohypnol. Il n'y avait pas de lettre dans une enveloppe cachetée. - Elle était bien... bien... elle était dans une.... une... une longue enveloppe, une enveloppe blanche, cachetée. Mon nom était dessus, et c'était vraiment l'écriture de Kurt, et la lettre était sous mes coussins. - Bon, d'accord. - J'ai un tas de coussins sur ce lit, elle était bien là. - Bon, puisque vous le dites ! Courtney a-t-elle révélé l'existence de cette "autre" lettre à Rosemary Carroll ? C'est plus qu'improbable. En tout cas, elle ne l'a pas fait avant plusieurs mois. Au début de mon enquête, Rosemary complétait mes informations en ce qui concernait l'implication de Courtney dans la mort de Kurt. Elle m'aurait parlé de cette "autre lettre" si elle avait été tenue au courant. Courtney l'a-t-elle vraiment montrée au Sergent Cameron ? Je n'en sais rien. Mais si tel était le cas, elle aurait dû figurer comme pièce à conviction dans les registres de la police. Le fait qu'elle n'y soit pas indique que Courtney ment, ou que la police a délibérément choisi de couvrir l'information. Résumons-nous. Il y avait deux lettres. L'une d'elles expliquait à ses fans ses raisons de quitter la scène. L'autre, adressée à sa femme, annonçait la séparation du couple. Ni l'une ni l'autre n'étaient suicidaire ! L'une de ces lettres fut sciemment cachée au public, alors que Courtney faisait semblant de m'encourager dans mon enquête sur le meurtre de Kurt. Pourquoi avoir caché cette seconde lettre ? Parce que, lorsqu'on les assemble, la deuxième lettre prouve sans aucun doute possible que la première n'était pas une lettre de suicide ! la mort de kurt cobain suite du chapitre 3SEAN MC GILL, JOURNALISTE TIRER PROFIT DE COBAIN Je ne l'aurais jamais cru si je ne l'avais vu de mes propres yeux : Jerry Harrison, le père de Courtney Love, assis aux côtés d'une brochette d'éditorialistes de la presse à scandale dans l'émission télévisée de Geraldo. Bien entendu, je l'avais déjà aperçu lorsque les tabloïds lui couraient derrière comme des mouches à miel après le suicide de Kurt. Il avait l'air plutôt courtois, prêt à répondre aux questions portant sur la manière dont sa fille supportait la disparition de Cobain. Un an plus tard, il rejoint les rangs de ceux qui exploitent à des fins personnelles la mémoire de Kurt. Permettez-moi de dire, toutefois, que cet article ne vise pas toutes les personnes qui ont souillé la mémoire de Cobain. Je n'ai pas pour but de crier au sacrilège. Cobain a lui-même suffisamment sali sa réputation alors qu'il était encore en vie. De plus, je ne l'ai jamais considéré comme un génie de la musique. Mais il n'y a rien de mieux que la mort pour vous faire passer du stade de la rock star à celui d'idole. Avant la disparition d'Elvis, tout ce que les gens savaient de Priscilla Presley est qu'elle était le premier amour du King, et qu'il l'avait épousée. Après sa mort, elle est devenue actrice - cherchant désespérément à se dissocier de feu son époux, tout en conservant son nom. Idem pour Lisa Marie Presley, qui aurait pu épouser un pauvre hère du Bronx, mais préféra Michael Jackson et passe en prime time à la télévision. Jimi Hendrix et Jim Morrison survivent sur des tee-shirts, des posters, et d'innombrables remaniements de leurs albums. Il y a aussi mon coup préféré : quand une vedette mythique disparaît, on retrouve toujours, une ou plusieurs années après sa mort, des bandes miraculeusement restées inédites jusqu'alors ! Mais du moins leur exploitation post-mortem n'est-elle pas l'oeuvre de leurs proches. Que quelqu'un porte un tee-shirt avec l'effigie de Cobain en souvenir de sa musique ne me gêne pas. C'est le capitalisme en action. Il y a une demande de produits, les fournisseurs y répondent et empochent des millions au passage. Mais lorsque je ne peux pas allumer la télévision sans qu'apparaisse à l'écran Courtney Love, alors là, ça m'ennuie ! Que des étrangers essayent d'exploiter la mort de quelqu'un, soit. Mais pas sa veuve ! Avant que Courtney épouse Kurt, Hole n'était qu'un petit groupe de gonzesses révolutionnaires, que l'on confondait souvent avec les L7 ou Babes in Toyland. Même pendant le temps de leur mariage, Courtney était toujours accompagnée de Kurt, et si on lui posait dix questions en interview, la moitié portait sur son mari. Mais aujourd'hui, elle est omniprésente, on la voit dans toutes les soirées, accoutrée comme une figure de cauchemar. À son actif, nous dirons qu'elle est restée fidèle à ce qu'elle était il y a dix-huit mois. Elle est toujours provocante, a des démélés occasionnels avec la drogue, et mène sa vie comme elle l'a toujours fait. La seule différence, c'est qu'aujourd'hui, ça intéresse les gens. Si elle a l'air fatigué sur scène, c'est à cause de son chagrin ou des pilules qu'elle prend, et Rolling Stone nous en fait un compte-rendu détaillé. Je sais que la faute revient en partie à la profession. Courtney Love est le sujet le plus en vogue dans le monde rock actuel, et les medias ne peuvent l'occulter puisque ils ont l'assurance d'en tirer quelque chose qui vaut la peine d'être mis sous presse. Après tout, c'est bien la veuve de Kurt Cobain ! Et c'est tout ce que Courtney est réellement : la veuve de Kurt Cobain. En dehors des récompenses attribuées à son album Live through This, et de la couverture médiatique qu'elle suscite, son existence n'a jamais vraiment interpellé grand monde. Love, son père et Hole ne doivent leur notoriété qu'à Cobain, et je crois qu'ils devraient le reconnaître ou se taire. Arrêtez de nous prendre pour des andouilles. Drew Barrymore, l'ex-petite fille qui jouait dans E.T., sort actuellement avec le bassiste de Hole. Si elle se tue, Hole deviendra le groupe de rock le plus célèbre du monde. lettre de suicide de kurt cobain version anglaise
version anglaise Sucide de Kurt Cobain la lettre de suicide de kurtBoddah , Paroles de la bouche d'un simplet expérimenté qui, de toute évidence, est un pleurnichard émasculé et infantile. Cette lettre est assez simple à comprendre. Tous les signaux d'alertes lancés par les théoriciens du rock punk au fil des années, de ma première initiation à, disons, l'éthique qui accompagne l'indépendance et l'étreinte de votre communauté, se sont révélés justifiés. Cela fait trop d'années que je n'éprouve plus d'excitation en écoutant et en créant de la musique, ni en lisant ou en écrivant des textes. Je me sens coupable, au-delà des mots. Par exemple, lorsque nous sommes en coulisses, quand les lumières s'éteignent et quand la clameur maniaque de la foule commence à gronder, ça ne me touche pas autant que ça touchait Freddy Mercury, qui aimait cela, se délectait dans l'amour et l'adoration des gens. C'est quelque chose que j'admire et que j'envie. Le fait est que je ne peux pas vous tromper plus longtemps. Je crois que le crime le plus bas, c'est tromper les gens, en leur faisant croire que je m'amuse vraiment. Parfois, j'ai l'impression qu'on me demande de pointer avant de monter sur scène. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour apprécier cela (etj'apprécie ça, Dieu le sait, mais pas assez). J'aime l'idée que nous avons touché et distrait tant de gens. Je dois être l'un de ces gars narcissiques qui n'aiment les choses qu'une fois disparues. Je suis trop sensible. Il faut que je sois légèrement tétanisé pour récupérer l'enthousiasme de mon enfance. Lors de nos trois dernières tournées, j'ai beaucoup mieux apprécié les gens que j'ai rencontrés et qui aiment notre musique, mais je n'arrive pas à surmonter la frustration, la culpabilité et la compassion que j'éprouve envers tout le monde. Il y a du bien dans chacun d'entre nous, et je crois que, tout bonnement, j'aime trop les gens, je les aime tellement que ça me rend foutrement triste. Ce poisson triste, insensible, ingrat, bon Dieu ! Pourquoi est-ce que tu es incapable d'en retirer du plaisir ? Je n'en sais rien ! J'ai une déesse pour épouse, qui transpire l'ambition et l'empathie, et une fille qui me rappelle ce que j'étais. Elle est pleine de joie et d'amour, elle embrasse tous ceux qu'elle rencontre, parce que le monde est bon et que nul ne doit lui faire du mal. Et ça me terrifie au point que je ne peux plus fonctionner correctement. Je ne supporte pas de penser que Frances deviendra un jour malheureuse, auto-destructrice, flirtant avec la mort, comme moi. J'ai une belle vie, et j'en suis reconnaissant, mais depuis l'âge de sept ans, je déteste le genre humain dans sa globalité. Seulement parce que ça semble tellement facile pour les gens de s'entendre entre eux et d'être compatissants. Seulement parce que j'aime les gens et que je me désole trop sur leur sort. Merci à tous, du plus profond de mon estomac brûlant et nauséeux, pour vos lettres et vos attentions. Je suis un gosse trop fantasque, trop capricieux ! Je n'ai plus la passion, et, souvenez-vous, mieux vaut brûler vivement que de s'éteindre à petits feux. Paix, Amour, Compassion, Kurt Cobain Frances et Courtney, je serai à votre autel. Je vous aime, je vous aime ! extrait du journal de kurt cobainOH NOTRE DERNIER ET ULTIME NOM EN DATE EST NIRVANAooh étrange mystique maudit On se disait qu’ils auraient dû brandir des pancartes avec les notes dessus. Et donc après le concert Bruce nous a serré la main tout excité et a dit « Wow, joli boulot, faisons un disque » et puis des flashes d’appareil photo ont crépité et cette fille de Backlash a demandé « Hey, on peut faire une interview ? ». Ouais sûr pourquoi pas. Ensuite, des gens nous ont encore dit bon boulot vous êtes géniaux les mecs et maintenant on attend de nous que nous soyons parfaitement sociables, à rencontrer des gens, en présenter d’autres, etc. PUTAIN JE SUIS DE RETOUR AU BAHUT ! Je veux retourner à Aberdeen. Naan, Olympia est tout aussi chiant, et je suis fier de pouvoir affirmer que je suis allé seulement cinq fois cette année au Smithfield. Et donc grâce à tout ce cirque nous avons finalement dégoté un contrat pour un single de trois chansons qui sortira à la fin du mois d’août et un EP en septembre ou octobre. On va essayer de les embobiner pour un album. Jonathan est notre manager à présent, il nous trouve des concerts dans des petits bleds de l’Oregonet à Vancouver. Il prend en charge tous les frais d’enregistrement et de distribution et nous n’avons plus de notes de téléphone exorbitantes. Dave s’en sort bien. L’an prochain Sub Pop va organiser une tournée avec deux-trois groupes de Seattle. Ouais on verra bien. D’après ton expérience, est-ce que tu crois qu’il serait avisé de demander des reçus pour les frais d’enregistrement et de pressage ? Bon, assez parlé de disques. Oh sauf que, une nuit du mois dernier, Chris et moi avons pris de l’acide et on a regardé le Late Show (plagiat de celui de Johnny Carson), Paul Revere and the Raiders étaient invités, et ils avaient vraiment l’air con ! À danser partout avec leurs moustaches, essayant d’être drôles et de faire les clowns. Ça nous a vraiment énervés et j’ai demandé à Chris, t’as des disques de Paul Revere and the Raiders ? biographie de kurt cobainKurt Cobain
Kurt Donald Cobain(20 février 1967-5 avril 1994)était le chanteur et leader du groupe grunge Nirvana.Il était marié à Courtney Love(groupe Hole)avec qui il a eu une fille nommée Frances Beans Cobain.
Il naît à Hoquiam dans l'État de Washington.Il passe ses permière années à Aberdeen,il supporte très mal le divorce de ses parents,qui marque un changement brutal dans son état d'esprit,il se renferme sur lui même,devenant la tête de Turc des autres adolescents du village.Il ne peut supporter le machisme des bûcherons d'Aberdeen,et va jusqu'à se faire passer pour homosexuel,par provocation,inscrivant même la désormais célèbre phrase«God is gay»sur les murs de la ville.La musique devient son refuge,et notamment le rock.Pour ses 14 ans,son oncle Chuck lui offre sa première guitare.
Kurt Cobain abandonne le lycée le 5 novembre 1985,peu avant son baccaulauréat en France se fait expulser de chez lui par son père(selon la légende il ira dormir sous un pont d'Aberdeen qui lui inspira la chansson«something in the way»),et fonde différents groupes avec Krist.
Le 30 octobre 1988,il détruit sa première guitare,action ensuite systématique à la fin de chaqune de ses représentations,juste par «pur fun»selon ses mots.Le 4 novembre 1989,il rencontre Courtney Love au Satyricon à Portland.Ils se marient le 24 février 1992 à Waikiki,Hawaii,et auront une fille,nommée Frances Bean Cobain,en hommage à Frances Farmer,une actrice appréciée du couple,bannie d'Hollywood dans les années 50,et aussi pour la forme caractéristique du foetus sur les échographies que le couple aimait comparer à celle d'un haricot.
Le 4 mars 1994,3 jours après son "dernier concert" au Terminal Einz de Munich en Allemagne le 1.3.94,Kurt est hospitalisé à Rome dans un état comateux.Sauvé de justesse,il se réveilles le lendemain.Il quitte l'hôpital le 8 du même mois par ses propres moyens.Fin mars,il entre en cure de désintoxication à l'Exodus Recovery Center de Marina del Rey(Californie).Le 1er avril,il s'enfuit du centre et ne donnera plus de nouvelles de lui jusqu'au 8 avril 1994.Ce jour-là,son corps est retrouvé dans la veranda de sa maison de Seattle par un électricien.La date du décès est estimé par les experts au 5 avril 1994.La cause en est le suicide,d'une balle dans le palais,associé à une triple dose mortelle d'héroine.Toutefois,l'ombre rôde toujours sur la mort du mythe Kurt Cobain.
Pour beaucoup,Kurt Cobain était Nirvana.Leader charismatique fragile,compositeur hors pair,symbole d'une génération contre son gré,cherchant à fuir le succès,Kurt Cobain a rejoint le «club»des vedettes du rock mortes prématurément.Certains diront que le grunge est né,et Kurt Cobain en est mort. la mort de kurt cobain
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